Dans le n° 90-mars 2018  - Témoignage  9789

Que d'injonctions paradoxales, que d'exigences de résultats quand les moyens deviennent si minimalistes !

En ces temps de tensions, il nous a semblé primordial de donner la parole aux acteurs de terrain. Lettre ouverte d'une directrice d'EHPAD, à Beauchalot (31)

Cet article est réservé aux abonnés.

Pour profiter pleinement de l'ensemble de ses articles, Géroscopie vous propose de découvrir ses offres d'abonnement.

Ces derniers jours, la médiatisation autour des EHPAD a été aussi importante qu'intense. La grève du 30 janvier s'est accompagnée de témoignages d'une extrême violence. Le recours à des phrases et expressions choc comme « toilettes à la chaîne », « pour faire manger les résidents, un à chaque bras  »... visait à décrire une réalité qui, au fond, n'a pas été vraiment développée.

Des familles sont venues nous voir au sein de l'EHPAD qui héberge leur parent, afin de vérifier ces informations. Dans les propos tenus, l'accent a toujours été mis sur l'hygiène et l'alimentation. Or, ce sont précisément deux points d'attention des professionnels.

Alors qu'en est-il, du moins de mon point de vue, dans la majorité des EHPAD, et en tous cas dans tous ceux que je connais ?

Pour éclairer mon propos, j'aborderai deux sujets : l'un relatif à un contexte qui nous échappe mais auquel nous devons nous adapter, l'autre concernant ce que nous parvenons à faire avec les moyens alloués.

Vers une dotation globale

La réforme de la tarification des EHPAD a plusieurs impacts dont le principal est le passage d'un financement de la dépendance « par résident » à une dotation globale. La dotation est basée sur un mode de calcul complexe avec des variables telles que les sommes allouées ne correspondent pas forcément aux besoins de terrain. Globalement, cette dotation n'est pas avantageuse pour les établissements et sa mise en oeuvre a été tellement complexe que certains départements ne l'ont appliquée que partiellement (TSA 11/12/2017-Tarification des EHPAD : certains départements ont refusé d'appliquer la convergence négative ). A ce point s'ajoute un mode de calcul des tarifs de la dépendance ( pour les résidents devant s'en acquitter ; hors département et hébergements temporaires ) qui a produit une baisse pour nombre d'EHPAD. Concernant les effectifs, ils sont le plus souvent encore définis dans les conventions tripartites ( ARS, Conseil Départemental EHPAD ) et il n'existe pas de marge de manoeuvre.

Des professionnels engagés

Alors, bien sûr les effectifs sont minimaux, bien sûr il faut manifester le manque de moyens, mais nous pouvons aussi souligner combien, dans ces difficultés, les professionnels font preuve d'investissement, de bienveillance envers les personnes âgées et combien les besoins fondamentaux (en référence aux 14 besoins fondamentaux de Virginia Henderson ), dont celui de se divertir, sont satisfaits. Les professionnels font des établissements des lieux de vie. Partout des animations sont organisées, dans tous les établissements les besoins collectifs sont pris en compte et les besoins individuels sont considérés dans le cadre des projets personnalisés. En parallèle, nous satisfaisons aux obligations de qualité, de sécurité, de contrôles. Nous accompagnons, nous évaluons et faisons progresser nos pratiques avec les moyens dont nous disposons, mais nous ne pouvons être tenus pour responsables de l'avancée en âge avec l'apparition de maladies ou l'aggravation d'un état général.

Ont beaucoup été évoquées les limites, mais trop peu les exigences des autorités de tarification comme des familles auxquelles nous répondons, au quotidien, par la production d'écrits pour les premières, par l'accompagnement individuel pour les secondes.

On ne peut nier la lassitude des professionnels confrontés aux faibles effectifs, à la maladie, à la mort, au défilé des résidents, aux exigences des familles, au turn-over des professionnels, aux ordres des directions pour être en adéquation avec les injonctions des autorités de tarification.

Je ne peux ici que saluer la motivation, peut-être même le courage des professionnels qui continuent à s'occuper de nos ainés. Je ne peux également que saluer le soutien apporté aux équipes par les psychologues, cadres de santé ou infirmièr(e)s coordina(teurs)trices, médecins coordonnateurs, équipes administratives et logistiques.

Quel paradoxe, que d 'injonctions paradoxales, quelles exigences de résultats quand les moyens sont et deviennent minimalistes!

Je veux, pour terminer, insister sur le fait que les professionnels que nous sommes oeuvrons tous au quotidien, dans les limites que sont les nôtres, pour le bien-être des résidents.

Sylvie Lacoste-Mans

Directrice EHPAD La Bastide

Auditions à la Commission des affaires sociales du Sénat

Après le 1er mouvement de grève le 30 janvier dernier, et avant le prochain programmé au 15 mars, la commission des affaires sociales du Sénat ouvre un cycle d'auditions

À l'initiative de son président, Alain Milon (Les Républicains - Vaucluse), la commission des affaires sociales du Sénat et son rapporteur médico-social, Bernard Bonne (Les Républicains - Loire) ont ouvert un cycle d'auditions sur la prise en charge en établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD).

La décision de la commission fait suite à plusieurs mobilisations de personnels d'établissements, dénonçant des conditions de travail et de rémunération préjudiciables au bon exercice de leur mission. Le Gouvernement réserve pour l'heure ses réponses au rendu des conclusions d'un groupe de travail ministériel sur la qualité de vie au travail dans les EHPAD et sur les carrières.

Lors du vote de la loi de financement de la sécurité sociale pour 2018, la commission avait averti le Gouvernement des conséquences encore incertaines d'une réforme tarifaire des établissements qui prévoit la redéfinition en profondeur des modalités de versement par les conseils départementaux de la dotation relative à la dépendance.

Le rapporteur médico-social avait notamment souligné que malgré "le caractère nécessaire de la réforme tarifaire des EHPAD", "l'introduction du point Gir départemental posait la question cruciale de l'égalité territoriale de la réponse des pouvoirs publics face à la perte de l'autonomie" et que, sans estimation objective des effets de la réforme, le risque d'exposition des "résidents modestes de ces établissements à une augmentation intolérable de leur reste à charge" était réel.

L'application pleine et entière de la réforme tarifaire n'étant néanmoins prévue que pour 2024, la commission entend se pencher sur les causes plus immédiates de ces mobilisations, plus spécifiquement liées aux limites du modèle de ressources humaines des EHPAD (recrutement, formation, rémunération).

Après Marie-Anne Montchamp, présidente du Conseil de la Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie (CNSA), Anne Burstin ou Simon Kieffer, directeur des établissements et services médico-sociaux, le 6 février, la commission entendra Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé en clôture des travaux.


16/02/2026  - Aide à domicile

Assurance retraite : vers une reconnaissance mutuelle et réciproque des évaluations avec les départements

Sur le plan national, l'Assurance retraite propose aussi en 2026 une nouvelle offre « L'évaluation pour tous » avec rendez-vous au domicile.
16/02/2026  - 18ème édition du Prix KLESIA

« Santé mentale : accompagner le duo aidant-aidé », thème du Prix Klésia 2026

Sensibiliser, prévenir les facteurs de risques, accompagner les situations... Les structures ayant un projet en cours de conception ou de réalisation au bénéfice du duo aidant-aidé et de leur santé mentale peuvent candidater à cette nouvelle édition de l'engagement pour l'intérêt général créé par KLESIA.
16/02/2026  - Article 51

Adèle : accompagner l'aidant dès la sortie d'hôpital de son proche

Une expérimentation article 51 va de manière inédite cibler spécifiquement les aidants avec pour objectif de prévenir leur épuisement.
16/02/2026  - Fin de vie

Droit à l'aide à mourir : les Ordres des médecins et des infirmières demandent la sécurisation de leur exercice

Un communiqué commun rappelle leur position alors que les députés entament aujourd'hui la deuxième lecture des textes sur les soins palliatifs et le droit à l'aide à mourir.
13/02/2026

Journées de l'innovation en santé : Bien-vieillir

RDV du 13 au 15 février 226 à la Cité des Sciences et de l'industrie à paris pour les Journées de l'innovation en santé. Cette 3è édition invite le public à explorer les grands enjeux de l'innovation et du progrès médical et à découvrir la diversité des initatives portées par celles et ceux qui oeuvrent, chaque jour, pour notre santé. ...
12/02/2026  - Revue GPNV

Accueillir un résident de plus de 150 kg en Ehpad : mission impossible ?

La revue GPNV publie une étude inédite sur un sujet jusqu'ici inexploré en France, titrée « L'accessibilité des Ehpad français aux personnes en obésité de grade III : une enquête territoriale ».
12/02/2026  - SNANC

La qualité nutritionnelle des repas servis dans les Ehpad sera encadrée

La mesure fait partie des 14 actions-phares prioritaires de la Stratégie nationale pour l'alimentation, la nutrition et le climat (SNANC).
12/02/2026  - Municipales 2026

Une lettre ouverte de l'Uniopss aux futurs maires

Le réseau Uniopss mobilise les acteurs associatifs pour interpeller les candidats aux élections municipales.
12/02/2026  - Enquête

Ehpad : derrière la satisfaction affichée, une parole qui peine à se faire entendre

94 % des résidents se déclarent satisfaits de leur vie en établissement, 17 % estiment que leur avis n'est pas écouté, selon le Baromètre lancé par le label Vivre, qui pointe du doigt les failles de la communication et de la participation.