Dans le n° 141-juillet 2022  - Évaluer et protéger  12993

Prévenir les chutes, une approche globale

Pour limiter le nombre de chutes, il faut penser... aux dents ! Si le raccourci peut étonner, la prévention des accidents s'appuie en établissement sur une approche holistique, de la dentition à la longueur du pantalon en passant par le maintien d'une activité physique.

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La prévention des chutes en Ehpad n'est pas un sujet comme les autres, l'entrée en établissement faisant souvent suite à de nombreux accidents. Par conséquent, le nouveau résident et sa famille s'attendent à ce que le danger soit désormais écarté. La première étape du plan de prévention repose sur une évaluation fine, à l'arrivée en établissement, du risque de chute. « Pour ce faire, nous utilisons le test Tinetti, explique Marie Journée, ergothérapeute à l'Ehpad Le Domaine des Tuileries à Pérenchies (59). Il est à la fois rapide et très instructif car on peut avoir l'impression qu'une personne se déplace facilement et, pendant le test, découvrir que faire demi-tour est compliqué ». En situant précisément la personne sur une échelle de risques, l'évaluation aide à mettre en place les aides suffisantes mais sans en faire trop, une canne mais pas un déambulateur par exemple, pour ne pas brimer l'autonomie.

L'évaluation ne s'arrête pas au test : l'équipe analyse l'historique des chutes de la personne, permettant d'identifier les « gros chuteurs » et de cerner les scénarios à risque, et passe en revue l'ensemble des facteurs accidentogènes. Les pantalons ne seraient-ils pas trop longs ? La vue et l'audition sont-elles bien corrigées ? N'y aurait-il pas des médicaments ou des interactions médicamenteuses propices aux vertiges ? La personne est-elle bien chaussée ? « Le chaussage est tout sauf anecdotique d'autant plus qu'il s'agit souvent d'un sujet sensible avec les familles qui craignent que leur proche n'ait plus la liberté de s'habiller comme il le souhaite », relève Manon Boisseaux, ergothérapeute à l'Ehpad Le Solidor, à Saint-Malo (35). La prévention se poursuit dans la chambre du résident afin de limiter les obstacles, comme un tapis. « La limite étant de ne pas sanitariser la chambre à outrance », avertit de son côté Jérémy Enez, ergothérapeute à l'Ehpad Les Jardins du Castel à Châteaugiron (35). « Bien entendu, on fait en sorte que les espaces collectifs soient le plus sécurisants possible, ce qui est plus compliqué dans des établissements étroits ou pourvus d'escaliers », complète Manon Boisseaux.

De l'activité physique en toute occasion

Après l'évaluation, le temps est à l'action, ou plutôt à l'activité physique dans l'objectif de renforcer la force musculaire et de lutter contre la perte de masse musculaire, qui s'accélère fortement au grand âge. Pour poursuivre cet objectif, toute forme d'activité physique est utile, comme l'exercice sur un tapis de marche, mais certains établissements mettent en place un atelier spécifique animé par un professionnel de l'équipe ou un intervenant spécialisé dans l'activité physique adaptée. L'étude Happier[1] démontre qu'une pratique régulière permet de réduire d'un tiers le nombre de chutes. « Simplement, on évite de baptiser l'atelier "Prévention antichute", ce qui n'est pas très engageant aux oreilles des résidents », conseille Marie Journée. Une astuce partagée par Guillaume Bailly, psychomotricien à l'Ehpad Villa Evora à Chartres (28) qui anime les groupes « Gravissons les montagnes », dédié aux marcheurs, et « Tous en mouvement », plus accessible, ainsi qu'un parcours moteur et des séances en unité protégée. « Cela ne m'empêche pas d'aborder directement la problématique de la chute, comme repérer les situations à risque, par exemple l'ascenseur, ou, pour ceux qui le peuvent, apprendre à se relever. Savoir se relever vite peut limiter les conséquences de l'accident et aider le personnel dans son intervention », détaille le psychomotricien. « Avoir appréhendé mentalement la chute permet de faire baisser la peur, qui est un facteur de chute. Si la personne a peur de chuter, elle chute... Un cercle vicieux s'installe. Et tout aussi important, ce travail de réflexion aide à restaurer l'image de soi qui a pu être abîmée par un accident précédent », poursuit-il. Afin de travailler sur ces mauvaises expériences et la peur de la récidive, Manon Boisseaux anime un groupe de parole et est « en contact régulier avec la psychologue de l'établissement », qui a, elle, la possibilité d'aborder le sujet en entretien individuel.

L'activité physique adaptée ne portant ses fruits que si elle est régulière, il importe de « faire faire du sport sans en avoir l'air », selon l'expression de Marie Journée, face à des résidents parfois réticents à sortir de leur chambre. L'équipe de l'Ehpad Le Domaine des Tuileries multiplie ainsi les occasions de mettre ses résidents en mouvement : « Les après-midi dansants et encore plus les sorties qui offrent des situations nouvelles à gérer, tout est prétexte à bouger en mettant en avant le plaisir plutôt que l'effort physique », témoigne l'ergothérapeute. « Il faut faire passer le message que l'activité physique ne s'arrête pas à la fin de l'atelier gym. Je rappelle souvent aux résidents de faire des "petits tours", d'autant plus qu'en établissement, on a moins l'occasion de se déplacer qu'à domicile », renchérit Rémi Thomas, chargé de prévention à l'association Siel Bleu (voir encadré).

Bien manger pour bien bouger

La lutte contre la fonte musculaire se jouant aussi dans l'assiette, le résident est accompagné dans son hygiène bucco-dentaire et dans le choix d'un bon appareillage afin d'éviter toute gêne, puis, à table, avec des repas adaptés. « Tout comme la fonte musculaire et la fragilisation de l'ossature, la dénutrition est un facteur de chute », insiste Aline Victor, diététicienne au sein du groupe alimentaire Nutrisens. « Quand nous intervenons en établissement, nous aidons l'équipe à évaluer le risque de sarcopénie sévère chez les résidents et nous travaillons avec le personnel de cuisine pour enrichir les repas en protéines, en suivant les recommandations de la Haute Autorité de santé (HAS) », détaille la spécialiste. « Il est parfois difficile de sensibiliser les directeurs sur cette question car ils ont l'impression d'avoir tout essayé pour stimuler l'appétit de leurs résidents. Mais nous nous sommes beaucoup diversifiés, avec, par exemple, des jus de fruits enrichis. Et pour que la dénutrition recule, il faut coopérer avec l'ensemble de l'équipe et les familles, qui, mieux informées, pourront en parler avec leur proche », remarque-t-elle.

L'aide connectée

La prévention des chutes peut s'appuyer sur des outils connectés, de plus en plus diversifiés au fil des innovations. Coussin connecté capable de détecter le fait que la personne se lève et donc risque de tomber de son lit, tapis connecté qui avertit d'un mouvement... « Les outils connectés représentent une aide, à condition qu'ils ne soient pas envahissants. On pourrait imaginer un établissement où tous les lits seraient connectés "au cas où", une précaution qui viendrait entamer l'autonomie des résidents non à risque », souligne Jérémy Enez. Sans oublier le coût de ces aides sophistiquées alors que tous les établissements n'ont pas les moyens de cet investissement financier. Pour Alain Monteux, président de Tunstall France, leader de la téléassistance, « les outils connectés se perfectionnent sans cesse, la difficulté restant pour les directeurs d'établissements de gérer des données multiples, provenant de différents outils et systèmes non coordonnés et rattachés à une seule personne. Actuellement, nous travaillons à la mise en relation de ces données afin de dégager des profils de personnes à risque, des informations qui devraient être utiles aux professionnels », assure-t-il.

On retrouve également les outils connectés dans le cadre de l'activité physique, qu'il s'agisse de casques virtuels ou de vélos connectés. « L'aspect ludique des outils connectés permet d'obtenir l'adhésion thérapeutique de la personne dans le refus ou la peur du mouvement. Elle va faire du sport sans s'en rendre compte, y prendre du plaisir et donc persévérera », se félicite Aude Renard, représentante de SilverFit, entreprise néerlandaise spécialisée dans les outils numériques interactifs. Les jeux et le vélo proposés par SilverFit ont été conçus pour être utilisés autant en séance avec un professionnel de santé que pour des temps d'animation afin de multiplier les occasions de bouger en s'amusant.

Au-delà de l'ensemble de ces différents leviers pour prévenir les chutes, ergothérapeutes, kinésithérapeutes et spécialistes de l'activité physique adaptée l'assurent de concert : la prévention ne fonctionne que si elle est partagée et coordonnée entre professionnels de l'équipe. « Il faut savoir qui travaille quel point avec la personne, si elle traverse une passe difficile... sans oublier les intervenants extérieurs, ce qui permet de réviser ensemble, si besoin, l'accompagnement mis en place », insiste Rémi Thomas.


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