27/02/2013 - Conseil économique, social et environnemental

Étude "Femmes et précarité"

Par Patrice Lefrançois 
Mots clés associés : Pratique, Livre - Document 

Si les femmes progresse dans l'emploi, elles n'en restent pas moins exposées à la précarité, c'est ce que met en avant une nouvelle étude publiée par le CESE. En effet celles-ci sont majoritairement employées dans des emplois peu qualifiés.

 
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En France, en 2010, 8,6 millions de personnes : 4,7 millions de femmes et 3,9 millions d'hommes avaient un niveau de vie inférieur au seuil de pauvreté estimé à 60 % du revenu médian. Ce seuil correspondait la même année à 964 euros mensuels pour une personne seule. La moitié des personnes concernées vivent avec moins de 781 euros par mois.

Plusieurs approches permettent de préciser cette situation. Celle de la pauvreté monétaire renvoie aux ressources du ménage (la somme de tous les revenus perçus par ses membres étant divisée par le nombre d'unités de consommation). En 2010, la pauvreté monétaire touchait 14,1 % des personnes vivant en France (14,5 % de femmes et 13 % d'hommes) et affectait près de 33 % des familles monoparentales.

Selon le rapport 2011-2012 de l'Observatoire national de la pauvreté et de l'exclusion sociale (ONPES) le taux de pauvreté monétaire connaît depuis 2005 une lente remontée succédant à une baisse au cours de la première moitié de la décennie. En 2009, cet indicateur a retrouvé son niveau de 2000 soit 13,5 % après avoir atteint son point bas (12,6 %) en 2004 et il progresse à nouveau en 2010 (14,1 %).

La notion de pauvreté économique est identifiée, quant à elle, au seul niveau de l'individu dès lors que son revenu d'activité (y compris indemnités de chômage ou de maladie) est inférieur au seuil de pauvreté. On cerne mieux ainsi la catégorie des travailleurs pauvres, soit environ 3,7 millions de personnes, dont 70 % de femmes, exerçant un emploi leur procurant un revenu inférieur à 964 euros mensuels.

Après prise en compte des prestations sociales et/ou intégration des revenus du conjoint, on dénombre encore 1,9 million de personnes ayant un emploi mais disposant d'un niveau de vie inférieur au seuil de pauvreté.

En moyenne, dans l'Union européenne le taux de pauvreté est de 16,4 % mais il est plus élevé pour les femmes (17 %) que pour les hommes (15,7 %). Comme le confirme le graphique ci-après dans tous les pays européens, à l'exception de la Hongrie, les femmes sont plus souvent en dessous du seuil de pauvreté que les hommes. Au Danemark et en Irlande, la proportion de femmes et d'hommes pauvres est quasi-équivalente.

Les femmes sont par ailleurs majoritaires parmi les allocataires du Revenu de solidarité active (RSA) dont elles représentent 57 % des bénéficiaires en 2010. Au sein de cette population, la proportion de celles qui sont à la tête d'une famille monoparentale est significative : 31 %. D'une part, elles constituent la quasi-totalité des allocataires du RSA " socle majoré " qui a remplacé l'allocation de parent isolé (API) et d'autre part, elles représentent aussi le tiers des bénéficiaires du RSA " activité " qui permet aux travailleurs dont les revenus sont faibles de compléter leur salaire.

La pauvreté affecte davantage le parcours des femmes que celui des hommes et les dispositifs visant l'égalité professionnelle concernent les salariés en CDI et laissent de côté les salariés non permanent des entreprises.


Réduction de l'écart entre les hommes et les femmes

L'écart de taux d'activité5 des hommes et des femmes n'a cessé de se réduire notamment depuis vingt ans. Il était de 17 points en 1990 avec un taux d'activité de 76 % pour les hommes et de 59 % pour les femmes Il n'est plus que de 9 points en 2010 : 66 % pour elles, 75 % pour eux.

Sur l'ensemble des vingt dernières années, les femmes ont cependant été plus exposées que les hommes au chômage mais la différence entre eux diminue nettement : avec des taux de chômage respectifs de 6,2 % et 10,2 %, l'écart entre hommes et femmes s'établissait à 4 points en 1990, il était d'à peine 1 point en 2010 : 9,7 % pour les femmes et 9 % pour les hommes mais il se creuse à nouveau au premier trimestre 2011 : 9,9 % contre 8,6 %.

Cependant la hausse des qualifications des femmes leur permet d'accéder de plus en plus aux emplois de cadres où leur représentation est passée de 30 % en 1990 à 39 % en 2010.

Néanmoins la sur-représensation des femmes dans le secteur tertiaire et les métiers de service est un facteur de fragilité puisque ces emplois sont souvent menacés : assistantes maternelles, aides à domicile et employées de maison (95% de femmes), agents d'entretien (70%) sont les catégories les plus représentées.


Chômage

Si les femmes sont moins souvent au chômage de longue durée, elles sont plus nombreuses à être dans le " halo " du chômage : 492 000 femmes contre 339 000 hommes en 2010. Elles déclarent en particulier plus souvent que les hommes n'être pas disponibles à travailler dans les deux semaines suivantes. Or cette disponibilité immédiate (pour prendre un emploi dans les quinze jours) figure expressément dans la définition officielle du chômage.

Près de 70% des travailleurs économiquement pauvres sont des femmes. Les femmes immigrées rencontrent, elles, un risque de précarisation encore plus accentué. Les femmes handicapées souffrent d'une double discrimination et accèdent difficilement à l'emploi à temps plein, et même à temps partiel (47% pour les femmes contre 15% pour les hommes).


Etat de santé

La lutte contre la précarité a des répercutions sur l'état de santé des femmes et si leur espérance de vie demeure supérieure de 6 ans à celle des hommes, elles ont aussi moins de chance de conserver une bonne santé. Nombreuses sont les femmes qui renoncent à des soins pour des raisons financières.

D'une manière générale, ainsi que le confirment plusieurs enquêtes de la DREES analysées dans l'étude précitée sur La santé des femmes en France, celles-ci sont près de deux fois plus souvent atteintes que les hommes par des troubles dépressifs. Cet écart est dû en partie à des situations économiques et sociales qui les y exposent davantage dans la sphère privée (ruptures conjugales, monoparentalité) ou professionnelle (emploi peu qualifié, à faible latitude décisionnelle, temps partiel subi, chômage).

L'obésité, facteur de risque de diabète et de maladies cardiovasculaires, est également beaucoup plus répandue chez les bénéficiaires de la CMU-C : 15 % contre 9 % or les nombre de femmes bénéficiant de la CMU-C est plus important que le nombre d'hommes.

L'enquête SUMER montre que 58 % des TMS déclarés, terme qui recouvre un ensemble de pathologies articulaires ou péri-articulaires, musculaires et tendineuses (fibromyalgie), touchant le dos et les membres, concernent les femmes avec un risque d'exposition de 22 % supérieur à celui des hommes.

Elles sont également plus exposées aux risques psychosociaux au travail.

L'enquête Samotrace réalisée en 2009 et centrée sur la santé mentale au travail révèle pour sa part que 37 % des femmes et 24 % des hommes expriment un mal être.

Par ailleurs si le nombre d'accidents du travail baisse parmi les hommes, il augmente chez les femmes (statistiques CNAMTS).


PAUPÉRISATION POUR LES FEMMES " ÂGÉES "

En dépit de la progression de l'activité féminine et des droits familiaux liés aux enfants, les niveaux de pensions de droit propre des femmes restent très inférieurs à ceux des hommes. Ces écarts de pension résultent des différences dans les parcours professionnels notamment période d'interruption d'activité, travail à temps partiel et inégalités salariales.

Les écarts de pension entre les hommes et les femmes se sont certes atténués puisque celles âgées de 65 à 69 ans perçoivent aujourd'hui 56 % du montant moyen de l'avantage principal de droit direct des hommes, contre 41 % pour celles ayant plus de 85 ans.

57% des femmes touchent le minimum vieillesse, dont 7 sur 10 sont des personnes seules. Le risque de précarisation accentué concerne plus de 450 000 femmes âgées de 75 ans et plus.




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