Shutterstock
20/10/2025  - Fin de vie  18410

Soins palliatifs en Ehpad : un enjeu majeur pour les établissements

Avec 150 000 décès annuels en établissements, dont 77% survenant au sein même des Ehpad, la question des soins palliatifs s'impose comme un défi central pour les directeurs et cadres de santé.

Cet article est réservé aux abonnés.

Pour profiter pleinement de l'ensemble de ses articles, Géroscopie vous propose de découvrir ses offres d'abonnement.


Le Dr Odile Reynaud-Levy, présidente de MCoor et médecin coordonnateur dans un Ehpad public de 85 lits entre Aix-en-Provence et Salon-de-Provence, a partagé son expertise lors du congrès Age 3 à Beaune.

Un constat sans appel

Sur les 650 000 décès annuels en France, 23% surviennent en Ehpad, représentant près d'un quart des décès des personnes âgées vivant en maisons de retraite. Plus significatif encore : 87% de ces décès étaient attendus, ce qui pose la question de l'anticipation et de la préparation de l'accompagnement de fin de vie.

Selon les données présentées, 130 000 résidents d'Ehpad pourraient bénéficier chaque année de soins palliatifs adaptés. Un chiffre qui interroge sur les moyens mis en oeuvre et la formation des équipes.

Le rôle central du médecin coordonnateur

Le Dr Reynaud-Levy a rappelé le cadre réglementaire du métier de médecin coordonnateur, seul métier du secteur médico-social réglementé par le Code de l'action sociale et des familles. Malgré l'obligation légale d'avoir un médecin coordonnateur en Ehpad à hauteur de 0,4 ETP, un tiers des établissements n'en disposent toujours pas, et le temps de travail requis est rarement atteint.

Parmi les 14 missions du médecin coordonnateur figurent la rédaction du projet de soins, l'organisation de la permanence des soins, la mise en place des bonnes pratiques ou encore la gestion du parcours du résident. Depuis décembre 2023, une évolution législative permet au médecin coordonnateur d'être également médecin traitant des résidents, et depuis septembre 2025, les Idec bénéficient d'une reconnaissance officielle.

Acculturer et former aux soins palliatifs

"Parler soins palliatifs, c'est acculturer et former", a insisté le Dr Reynaud-Levy. Cette acculturation passe par plusieurs axes essentiels :

- Reconnaître et nommer le moment de l'entrée en fin de vie

- Améliorer la préparation en amont et l'anticipation

- Favoriser les espaces d'échanges formels et informels entre soignants

- Clarifier le rôle des accompagnants

- Travailler sur les représentations de la mort et le sens du soin

Le secret d'un Ehpad accompagnant repose sur le travail d'équipe, la communication, l'ouverture vers les familles et les proches, ainsi que la capacité à reconnaître et respecter ses limites. L'intervenante a souligné que l'accompagnement peut parfois s'avérer plus difficile en Ehpad qu'à l'hôpital en raison des liens créés avec les résidents, tout en rappelant l'importance de garder des réflexes cliniques rigoureux.

Les outils pratiques au quotidien

Sept actes constituent le socle de l'accompagnement palliatif au quotidien : la gestion de la douleur, les gestes de nursing, les soins de bouche, le traitement des symptômes gênants, l'alimentation et l'hydratation, le soutien psychologique et la prise en charge du refus alimentaire.

L'ARS Île-de-France, via Corpalif, a développé des kits d'anticipation pour les soins palliatifs en Ehpad, comprenant notamment :

- Un rappel sur la réglementation et la traçabilité des stupéfiants

- Une dotation médicamenteuse

- Des dispositifs médicaux

- Des protocoles thérapeutiques pour les événements urgents

- La fiche urgence pallia, à remplir pour chaque patient en soins palliatifs

Cette fiche urgence pallia, téléchargeable sur sfap.org, permet d'anticiper les décompensations nocturnes en précisant la conduite à tenir, les directives anticipées et les dernières doses administrées.

Un cadre législatif en évolution

Le 27 mai 2025, une loi sur les soins palliatifs a été votée à l'unanimité à l'Assemblée nationale. Elle vise à redéfinir les soins palliatifs, mettre en place une organisation territoriale pilotée par les ARS, garantir un droit aux malades et créer une instance nationale de gouvernance dotée de crédits pour déployer les soins palliatifs dans tous les départements.

Parallèlement, la loi sur l'aide à mourir a été adoptée. Elle s'adresse aux personnes majeures, françaises ou résidant en France, capables de donner un avis libre et éclairé, atteintes d'une maladie grave et incurable engageant le pronostic vital. La demande doit être formulée auprès d'un médecin, suivie d'une décision collégiale sous 15 jours. L'auto-administration ou l'aide par un médecin ou IDE est possible, avec clause de conscience pour les professionnels.

Le Dr Reynaud-Levy a tenu à rappeler la distinction essentielle : selon la loi Clayes-Léonetti, la sédation profonde et continue n'est pas l'euthanasie, même si dans la pratique elle est plutôt discontinue. L'obligation demeure : soulager la souffrance.

Des résidents de plus en plus complexes

Le profil des résidents accueillis en Ehpad évolue : 60% présentent des troubles cognitifs sévères, 37% ont des pathologies chroniques non stabilisées, 15% des pathologies aiguës, et 50% des admissions interviennent après une hospitalisation. On observe également une augmentation des patients psychotiques.

Face à cette complexité croissante, le Dr Reynaud-Levy a conclu sur une formule sans ambiguïté : "Tout résident est un malade qui s'ignore. On n'est pas dépendant parce qu'on est vieux, mais parce qu'on est malade." Un rappel salutaire qui positionne les équipes des Ehpad comme des professionnels devant être parmi les mieux formés à l'accompagnement des personnes malades et dépendantes.

Conférence animée par le Dr Odile Reynaud-Levy, présidente de MCoor (société appartenant à la Société française de Gériatrie), lors du congrès Age 3 à Beaune le 16 octobre 2025.

12/03/2026  - SAD

La Fédésap alerte sur les pratiques disparates « voire baroques » des départements.

Elle dénonce « un maquis réglementaire mouvant où la règle dépend parfois moins de la loi que du code postal ».
12/03/2026  - Iatrogénie

Patients âgés hyperpolymédiqués : retard à l'allumage pour la consultation longue de déprescription

Entrée en vigueur le 1er janvier dernier, elle serait sous-utilisée pour cause de « friture sur la ligne » entre médecins et pharmaciens selon un article du Quotidien du Médecin.
12/03/2026  - Journée nationale de l'audition

37 % des plus de 65 ans souffrent de difficultés d'audition mais seuls 24 % sont appareillés

Près de 4 millions de personnes âgées de 65 ans et plus ne font rien pour compenser leurs troubles de l'audition et améliorer leurs conditions de vie.
11/03/2026  - Revue GPNV

Lien entre la contention physique passive et le fardeau soignant, une étude exploratoire

Un article publié par la revue Gériatrie et Psychologie Neuropsychiatrie du vieillissement ne répond pas de façon tranchée à la question, mais confirme que les pratiques doivent être interrogées.
11/03/2026  - Investissement

Merci Prosper lève 10 millions d'euros pour libérer le patrimoine des seniors

Deux seniors sur trois peinent à boucler leurs fins de mois. Pourtant, près de 70 % d'entre eux sont propriétaires de leur logement. Ce paradoxe (un patrimoine abondant mais figé, riche sur le papier et pauvre au quotidien) est précisément celui que la fintech Merci Prosper a décidé de résoudre.
11/03/2026  - Essonne

Comment ce faux Ehpad a-t-il pu passer si longtemps sous les radars ?

La Résidence Saint-Jacques à Boutigny-sur-Essonne a été inspectée par l'ARS Ile-de-France en mars 2025 puis a fermé en novembre, sans relation de cause à effet.
11/03/2026  - Privé non lucratif

Habitat & Humanisme reprend 12 établissements d'Entraide

Le tribunal des activités économiques de Marseille a privilégié une offre qui s'aligne sur les valeurs humaines et sociales du groupe et évite son démembrement.
10/03/2026  - Bilan intermédiaire

États généraux de la santé et de la protection sociale : et maintenant ?

Près de 80 000 participants, plus de 2,2 millions de réponses, 405 000 verbatims. La consultation des États généraux de la santé et de la protection sociale, lancée en novembre 2025 par un collectif de plus de 50 organisations de la société civile, s'est achevée le 17 février dernier sur une mobilisation sans précédent.
10/03/2026  - ESMS Numérique

Ce que le DUI change dans les pratiques : trois retours de terrain

La CNSA publie cinq monographies illustrant les effets « transformants » du déploiement du dossier unique informatisé (DUI), dont trois dans le secteur du grand âge.