Dans le n° 147-mars 2023  - Des professionnels aguerris  14585

Les aides-soignantes vigies de la prévention

L'évaluation à l'entrée en Ehpad identifiera les résidents à risque et donnera le top départ d'une prévention vigilante de la survenue d'escarre. Les aides-soignants sont en première ligne.

Cet article est réservé aux abonnés.

Pour profiter pleinement de l'ensemble de ses articles, Géroscopie vous propose de découvrir ses offres d'abonnement.

Parlons mécanique d'abord : les escarres sont causées par la pression exercée sur la peau et le muscle due à un appui prolongé ou bien par les forces de friction (c'est-à-dire le frottement qui provoque une abrasion - les plis de drap peuvent suffire à traumatiser la peau) et surtout de cisaillement (c'est-à-dire le glissement du patient dans son fauteuil). N'oublions pas le microclimat, cette macération qui fragilise la peau, augmente la friction et accroît le cisaillement.

L'âge est en lui-même un facteur de risque car il s'accompagne d'une fragilité de la peau et de l'atrophie du tissu sous-cutané. Cette fragilité majore donc le risque de survenue d'escarre.

Il faut aussi noter l'augmentation du nombre de personnes âgées vivant avec des maladies chroniques, elles-mêmes à l'origine d'une majoration du risque d'escarres : diabète (limitation de la perception sensorielle et retard de diagnostic), maladies cardio-vasculaires, artériopathie oblitérante des membres inférieurs...

L'échelle de Braden

Identifier les résidents à risque est donc une priorité. Une évaluation doit être réalisée à leur entrée en Ehpad. La Haute Autorité de santé recommande l'échelle de Braden, simple et facile à utiliser. Mise au point en 1985 par Barbara Braden, infirmière américaine, elle prend en considération les facteurs tels que la perception sensorielle, l'humidité, l'activité, la mobilité, la nutrition, la friction et le cisaillement. Elle fonctionne selon un système de points allant de 6 à 23.

Plus le score est bas, plus le patient est à risque. Le but est de mettre en place des actions ciblées et adaptées pour chaque résident en fonction du risque.

L'évaluation doit être médico-soignante et sera renouvelée à chaque changement d'état de la personne âgée. La vigilance est essentielle, et les aides-soignants sont en première ligne.

En effet, parmi le personnel de santé, l'aide-soignant est sans doute le plus proche des résidents. Il assure l'hygiène et le confort, assiste la personne dans tous les gestes de la vie quotidienne, surveille également l'état de santé physique et moral. Il est donc un acteur privilégié dont le rôle est essentiel dans la prévention des escarres. Aux côtés de l'infirmier, l'aide-soignant occupe une place centrale dans cette équipe pluridisciplinaire lors de l'évaluation du risque et lors de l'élaboration du plan de soins.

L'immobilité et la dénutrition sont les deux principaux facteurs de risque, suivies de près par l'humidité. Toutes trois s'intriquent et s'auto-entretiennent en un cercle vicieux à prévenir ou casser...

L'immobilité

Toute personne immobilisée au lit ou au fauteuil de façon prolongée est susceptible de développer des escarres. Planifier des changements de position pour décharger les points d'appui est devenu un enjeu.

Le défi est celui d'organiser avec l'équipe les changements de position des résidents à risque, toutes les trois à quatre heures en fonction des capacités, de l'état du résident et des supports utilisés. Ces actions peuvent très bien être réalisées au moment d'un autre soin (distribution des médicaments, repas, toilette, etc.). L'astuce peut être de transcrire ces changements de position sur le tableau de suivi laissé dans la chambre par exemple, ou sur le chariot de soin. Dans la mesure du possible, il convient de les effectuer à deux soignants pour éviter les forces de cisaillement et de friction. Des draps de glisse peuvent être utilisés pour faciliter les changements de position lorsque le soignant est seul.

L'utilisation de cales de décubitus latéral en mousse viscoélastique ou en microbilles et de décharges talonnières peuvent aider au bon positionnement du résident et à son confort.

En fonction de ses possibilités, bien entendu, il faut prévoir des mobilisations au lit ou au fauteuil pour limiter les temps d'appui sur une même zone et favoriser la marche et les levers dès que possible.

La dénutrition

La peau est plus vulnérable chez les personnes maigres et la dénutrition provoque une perte de masse grasse qui normalement protège contre les escarres. De nombreux travaux ont montré que la survenue d'une perte de poids, une réduction de l'indice de masse corporelle, ou des apports caloriques insuffisants (< 1 500 kcal/j) sont des facteurs de risque dans la survenue des escarres.

Il faut donc surveiller et évaluer les prises alimentaires (prise repas 1/4 1/2 3/4, repas complet) et les proposer plus souvent et différemment : repas fractionnés, collations plusieurs fois par jour adaptées aux goûts du résident, compléments nutritionnels oraux si besoin... L'objectif à atteindre ? Que le résident mange suffisamment. Et, en cas de manque ou perte d'appétit, il est aussi possible d'enrichir les repas en protéines sans augmenter les quantités - gruyère râpé sur les aliments, poudre de lait dans le yaourt, beurre, crème fraîche, fromage frais dans la purée ou la soupe. Les apports hydriques doivent eux aussi être quantifiés et augmentés par l'ajout de soupe, café, thé.

L'humidité

L'incontinence urinaire entretient une humidité permanente qui provoque une macération des tissus cutanés, une perte d'élasticité et une contamination des tissus. Cette macération fragilise les tissus et va accélérer l'aggravation d'une lésion débutante. L'hygiène est capitale. Il est nécessaire de réaliser des changes plus fréquents tout en respectant la peau avec l'utilisation de crèmes barrières et de matériel absorbant de bonne qualité. Il convient bien sûr d'utiliser des produits non détergents et non irritants, d'éviter de frotter la peau, de privilégier le rinçage ainsi que le séchage de la peau.

L'incontinence fécale peut être difficile à prendre en charge en gériatrie, notamment chez des patients porteurs d'une escarre sacrée. Elle est le plus souvent expliquée par une fausse diarrhée secondaire à la constipation. En effet, la perte d'autonomie, associée à la présence d'une escarre sacrée et aux traitements opiacés, est un facteur de risque majeur de constipation. Il est donc capital de prévenir la stase stercorale en prescrivant des laxatifs par voie rectale chez ces résidents. La prévention agira sur les causes et passera par des protocoles permettant de traiter ou même d'éviter sa survenue et donc de diminuer la macération cutanée.

D'autres facteurs de risques et d'aggravation des risques existent chez les personnes âgées souvent polypathologiques, de quoi justifier une démarche globale et volontariste de prévention. Car l'escarre entraîne une souffrance physique et morale, limite l'autonomie et retentit souvent et de manière sous-estimée sur la qualité de vie des résidents. Elle est aussi lourde de conséquences en termes de prise en charge par des soignants souvent démunis.


05/02/2026  - Nécrologie

Le décès de Josy Chambon, présidente du Gérontopôle Sud

Les hommages se multiplient après l'annonce du décès de Josy Chambon à l'âge de 74 ans.
05/02/2026  - Chaises musicales

Charlotte Parmentier-Lecocq quitte le Gouvernement : le plan Grand âge reporté une nouvelle fois

La ministre déléguée chargée de l'Autonomie et des personnes handicapées a annoncé son départ du gouvernement. Une décision qui s'inscrit dans le remaniement ministériel attendu "dans les prochains jours" et qui signe le report du plan Grand âge prévu le 12 février.
05/02/2026  - Loi Bien vieillir

Maltraitances : une instruction sur la mise en place des cellules de recueil

En l'attente de deux décrets d'application, une instruction présente aux ARS les modalités de mise en oeuvre des dispositions de la loi Bien vieillir. Avec un point d'interrogation sur l'une d'elles.
05/02/2026  - Etude de la Drees

Ehpad ? Résidence autonomie ? Logement ordinaire ? 156 000 à 202 000 professionnels supplémentaires nécessaires en 2050

Publiée le 5 février, une étude de la Drees propose plusieurs projections à 2050 selon les trois lieux de vie de son modèle Livia.
04/02/2026  - Journée mondiale contre le cancer

Cancer : adapter la prise en charge aux personnes âgées

Le 4 février marque la Journée mondiale de lutte contre le cancer, l'occasion de rappeler l'ampleur de cette pathologie qui a touché plus de 430 000 nouvelles personnes en France en 2023.
04/02/2026  - Solidarité

La Fnadepa et le Service Civique Solidarité Seniors officialisent leur partenariat

La Fnadepa et l'Association Nationale pour le Déploiement du Service Civique Solidarité Seniors (AND-SC2S) signeront le 10 février prochain une convention de partenariat à la résidence Soubeiran de Saint-Jean-du-Gard (Gard). Objectif : promouvoir ce dispositif auprès des 1 600 adhérents de la fédération pour renforcer les liens intergénérationnels et lutter contre l'isolement des personnes âgées.
04/02/2026  - Budget 2026

Les établissements privés solidaires paieront la taxe d'apprentissage

L'adoption définitive du projet de loi de finances pour 2026 rend le secteur associatif redevable de la taxe d'apprentissage de 0,68% de la masse salariale.
04/02/2026  - Privé lucratif

« Emera répond » : de courtes vidéos pour accompagner les familles

L'entrée en Ehpad est une étape structurante dans la vie d'une personne âgée et de ses proches. Choisir un établissement, comprendre son fonctionnement, s'assurer de la qualité de l'accompagnement...
04/02/2026  - Anap/ Matières grises

Un questionnaire sur la soutenabilité de l'Ehpad vert

Matières Grises, en partenariat avec l'Anap, souhaite mieux comprendre ce qui fonctionne, ce qui bloque et ce qui doit évoluer.