Dans le n° 133-novembre 2021  - 50 ans d'histoire  12322

La saga Rotowash

Laurent Cerisier a rejoint Rotowash, fabricant autrichien de matériel de nettoyage professionnel, en 1992. Unique propriétaire de la structure française depuis 2017, il évoque les 50 ans de la marque et les spécificités du nettoyage des sols dans les Ehpad.

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C'était il y a cinquante ans. La première Rotowash apparaît sur le marché mondial avec l'ambition de révolutionner le secteur du nettoyage. « Destinée à remplacer le seau et la serpillière, notre machine associait la facilité d'un matériel domestique aux performances d'un matériel professionnel », témoigne Laurent Cerisier, gérant de Rotowash France. Cette « innovation de rupture », fruit d'une écoconception menée au Danemark et produite en Autriche par l'industriel éponyme, arrive en France dans les années 1980. Sa faible consommation en énergie et en eau la positionne d'emblée comme une solution particulièrement écologique, mais loin du greenwashing qui arrivera aussi beaucoup plus tardivement. « Nous étions à contre-courant complet, dans un métier qui valorisait la chimie dont le bénéfice/risque ne s'est pas révélé équilibré. Un sol nettoyé avec excès s'endommage et s'encrasse beaucoup plus vite qu'avec un lavage mécanisé à l'eau », poursuit Laurent Cerisier.

Aujourd'hui, la marque fait valoir trois atouts majeurs. Le premier est environnemental au sens étendu de la RSE. Comme l'explique le patron de la filiale française, « au-delà de la préservation de la planète, nous avons toujours travaillé sur l'ergonomie de nos machines afin de réduire la pénibilité du travail, je pense aux troubles musculo-squelettiques notamment. Le confort d'utilisation, la facilité d'usage et d'entretien sont pour nous aussi importants que la fiabilité, le poids et l'encombrement. Les équipes d'hygiène et les ASH doivent accéder à des méthodologies simples, confortables et efficaces qui valorisent leur travail. » Le deuxième avantage est la polyvalence d'usage grâce à une technologie basée sur les brosses cylindriques. La Rotowash dispose d'une puissante action mécanique détergente pour nettoyer en profondeur indifféremment moquette, parquet, carrelage, sol antidérapant, textile ou floqué, là où plusieurs équipements s'avèrent nécessaires habituellement. Enfin, la lutte contre les aérosols - point fort de la marque depuis 1971 - a valu à la technologie d'être recommandée par le Haut Conseil de la santé publique pendant la crise sanitaire. « Les méthodes courantes avec aspiration génèrent des aérosols qui relèvent les virus à hauteur d'homme. Il est essentiel pour un nettoyage hygiénique de ne provoquer ni flux d'air, ni projections », explique Laurent Cerisier, qui aime aussi rappeler les principes de base d'une bonne hygiène des sols : « La désinfection est peine perdue sans un nettoyage préalable approfondi. La généralisation des "détergents-désinfectants" n'a pas démontré son utilité pour les sols des zones à risques faibles. Par ailleurs, comme l'ont rappelé les hygiénistes et les scientifiques, la désinfection effrénée ne sert à rien si ce n'est à rendre les bactéries résistantes. Cette action doit être raisonnée et donc cibler les points de contact, comme les poignées de porte ou les sanitaires. »

Comment innover dans le domaine du nettoyage ?

Convaincu qu'une innovation n'est valable « que si elle utile, accessible et s'inscrit dans la durée », Laurent Cerisier relativise les évolutions dans le secteur de l'hygiène : « Je citerais les PVC avec traitement PU qui évitent les métallisations, les tapis de propreté qui capturent un maximum de poussières dès l'entrée, les produits concentrés qui évitent de transporter de l'eau et des emballages mais ne freinent pas le surdosage, ou encore les centrales de production d'eau ozonée ou électrolysée qui restent difficiles à rentabiliser. Sans oublier la vapeur, pleine de promesses, mais dont la consommation énergétique, les faibles rendements et le prix représentent des freins, notamment pour le nettoyage des sols. Enfin, si la microfibre lavable et les franges à usage unique se sont développées, leurs bilans écologiques et économiques font polémique. »

D'un point de vue plus sociétal, les objets connectés ont également investi le quotidien des agents de propreté, mais sans améliorer leurs conditions de travail. « Plus les équipements sont sophistiqués, plus ils disqualifient le personnel peu qualifié. Si les établissements et services d'aide par le travail (Esat) et les organismes d'insertion gagnent de nombreux marchés de nettoyage, seuls les espaces verts concernent encore les Ehpad... souligne Laurent Cerisier, qui valorise pour sa part la méthode KISS pour Keep It Simple and Small. Nos solutions sont dénuées d'électronique mais innovantes, économiques et accessibles au plus grand nombre. »

Et si la conception de Rotowash lui a permis de s'intégrer à des robots pour le métro dès 1990, au nettoyage automatique des gymnases en 2008 puis aux secteurs industriels présentant des risques pour l'homme, le gérant français reste vigilant sur sa généralisation. « Les entreprises de propreté ne voient pas forcément l'arrivée de la cobotique - terme qui désigne l'association homme-machine - d'un oeil bienveillant. Pour le secteur du médico-social, motoriser des lits, des civières, des chariots de médicaments, de repas ou de linge dans les circulations, semble plus bénéfique que de déshumaniser les lieux de vie des résidents », conclut Laurent Cerisier.


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