Dans le n° 99-décembre 2018  - Vie affective  10188

Sexualité et tendresse en EHPAD : quelle est la responsabilité du directeur?

Asexués les vieux ? Sans amour, ni désir ? Il est venu le temps de tordre le cou aux idées reçues. Car en EHPAD, les questions de la tendresse et de la sexualité se posent fréquemment. Comment le directeur, en tant que responsable d'établissement mais aussi garant de la préservation des droits et libertés individuelles, doit-il aborder le sujet auprès des résidents, des familles, des salariés ?

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Pour l'aider dans son management et ses prises de décisions, le directeur dispose de repères concrets et intangibles. Ils lui permettent d'accompagner avec respect l'expression de la tendresse ou de la sexualité des seniors au sein de son établissement.

Pour rappel, la vie affective est reconnue comme un droit essentiel par la Charte Européenne des Droits Fondamentaux du 07/12/2000 (article 7). Pourtant, nos représentations sociétales sont empreintes d'une forme "d'âgisme". Nous percevons souvent le « vieux » comme un être "dépendant" et vulnérable, lui ôtant par là même la reconnaissance de ce droit au sein des établissements.

Les personnes en situation de perte d'autonomie perdent à nos yeux leur capacité à ressentir du désir, à goûter une vie sentimentale, affective et sexuelle. Il est donc du devoir du directeur de redonner du sens à ce droit fondamental et d'accompagner toutes les parties prenantes pour le leur faire accepter.

4 piliers pour guider le directeur :

1- Respecter la neutralité

Chacun au sein de l'équipe est imprégné de son parcours individuel, histoire familiale, religieuse, vision de ce que doit être la sexualité... Mais la mission du directeur est-elle d'imposer ses propres représentations ? Doit-il interagir avec l'intimité et la sexualité des personnes qu'il accompagne ? Si les réponses paraissent évidentes, elles restent difficiles à mettre en oeuvre au quotidien. La pluralité des équipes, des familles et des résidents accueillis au sein des EHPAD n'est que le simple reflet de la société. Le directeur se trouve donc confronté à la richesse de la diversité mais aussi à de possibles conflits, dus à la confrontation des vécus et expériences individuelles. A cela, s'ajoute la vision propre de la direction, elle-même porteuse de son histoire.

Prenons le cas de M. Z. Il a tapissé sa chambre de posters érotiques, qui lui apportent toute satisfaction. Une professionnelle décide pourtant lors d'une intervention d'enlever tous les posters sans en référer à personne. En tant que directeur, ma 1ère réaction a été assez sanguine. Mais après réflexion, j'ai réalisé que je n'avais pas suffisamment travaillé avec les professionnels le principe de neutralité. Le projet d'établissement y faisait peu référence, les repères n'étaient pas assez précis... La direction de l'établissement a un devoir d'exemplarité. Elle doit accompagner la prise de recul, guider et donner sens aux repères fondamentaux autour de l'intimité et de la sexualité des seniors.

2- Respecter les libertés individuelles

Les directeurs doivent constamment ajuster leurs positions entre accompagnement individuel et contraintes liées à la collectivité. Un outil permet pourtant de poser des repères, des règles de vie tout en respectant des lieux de vie privatifs : le projet d'établissement, " squelette" de l'établissement . Il permet de définir les principes liés aux libertés individuelles et guide l'ensemble des parties prenantes. Sur les questions d'intimité et de sexualité, il détermine les notions fondamentales de respect tout en assurant l'équilibre avec la collectivité. Il arrive que les actes intimes glissent en dehors du lieu de vie privatif générant une perturbation pour la collectivité. La liberté individuelle doit respecter la liberté d'autrui. A l'inverse , il est essentiel d'imposer le respect du lieu de vie privatif. Comment un senior peut-il exprimer son désir affectif et/ou sexuel s'il craint l'intrusion d'un professionnel, qui peut être jugeant, dans son domicile ?

3- Respecter la vie privée

En EHPAD, la vie privée ne relève pas du seul lieu de vie privatif. Malgré un travail mené par l'ensemble des structures sur le secret professionnel, les questions autour de la sexualité sont souvent discutées entre professionnels, jusqu'à remonter parfois aux oreilles du directeur. Mme Z, centenaire, partage avec une professionnelle le plaisir ressenti pendant un soin de balnéothérapie. Cette confidence est rapportée en réunion pluridisciplinaire devant le directeur. Si cette nouvelle est à l'époque banalisée, ce récit m'apparait aujourd'hui inadapté. Quelle plus-value représente la mise au courant du directeur ? Y a t-il besoin d'évaluer un "risque" ou un "danger" potentiel pour cette résidente ? Devons-nous "tracer" cette information ? Bien sûr que non. Elle aurait dû être circonscrite. Mettons nous toujours à la place d'autrui.

4- Assurer un devoir de protection

Protéger les personnes vulnérables reste un de nos devoirs premiers. L'équilibre entre accompagnement et surprotection, au risque de ne plus respecter les principes fondamentaux, est bien subtile. Pour les professionnels, la question du consentement doit pourtant être posée, notamment lorsqu'il existe des troubles cognitifs. Une relation se crée entre deux personnes mais l'une d'elle a un conjoint qui vient la voir. Devons-nous protéger le conjoint ou la résidente elle-même de cette relation naissante ? En cas de relations sexuelles, comment prévenir la transmission de " maladies " ? Autant de questions qui se posent régulièrement aux équipes et les mettent en difficulté. Le directeur doit donc être clair sur les principes de protection à mener au sein de l'établissement. Avec ses équipes, il doit pouvoir s'assurer qu'il y a bien consentement lorsque des relations se créent entre des personnes vulnérables et notamment lorsqu'elles ont des troubles cognitifs. Mais qui dit vulnérabilité, qui dit trouble cognitif, ne dit pas absence de vie intime et sexuelle. Le directeur doit s'assurer de cette recherche de manière équilibrée, discrète et la moins intrusive possible.

Il n'existe pas de guide préétabli pour chaque situation et il s'agit bien là d'une démarche et d'une acculturation aux principes exposés mais aussi à la démarche de réflexion éthique. Ils permettent d'aborder ces sujets avec le recul nécessaire et la juste posture.

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