Dans le n° 106 - Juin 2019

L'accès à la santé jusqu'au bout de la vie : mythe ou réalité ?

Par Juliette Viatte 
Mots clés associés : Editorial, Dépendance-Autonomie, Santé 
 
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Jeanne (1) a 98 ans. Depuis 6 ans, elle vit dans un EHPAD à une vingtaine de kilomètres de Nantes. Ce n'est pas vraiment un choix mais elle s'en satisfait plus ou moins, parce qu'elle sait qu'elle ne peut pas vraiment faire autrement.

Jeanne est incontinente, en grande perte d'autonomie, ne peut plus se déplacer seule.

Elle est souvent triste et se réfugie dans ses souvenirs d'une enfance passée en Indochine. Enfin c'est ce qu'on croit, parce qu'elle n'en parle pas.

Dans cet EHPAD, elle est plutôt bien traitée. Les équipes sont disponibles, et la directrice attentive aux besoins des résidents comme des familles.

Depuis 10 ans, Jeanne porte un dentier, qu'elle supporte très bien, la nuit comme le jour. Il lui permet de s'alimenter normalement et de continuer à parler...

Mais voilà, il y a quelques semaines, la vie de Jeanne a basculé.

L'aide-soignante a consciencieusement nettoyé son dentier. Mais au lieu de lui remettre dans la bouche, elle l'a posé sur la table de chevet. Le lendemain, le dentier avait disparu, sûrement emporté avec le plateau du petit-déjeuner.

Bien sûr tout le monde s'est mobilisé pour chercher le dentier. Sans succès.

La famille a remué ciel et terre pour trouver un dentiste qui accepterait de se déplacer à l'EHPAD pour refaire un moulage. Sans succès.

Tout le monde est désolé, sincèrement désolé.

Pourtant la seule victime, c'est Jeanne, dont la vie et la socialisation sont impactés au quotidien.

Jeanne est passée en mixé et ne parle plus.

Chaque jour, je pense à elle car je la connais bien Jeanne. Et chaque jour, j'ai honte. Honte de cette situation qui s'éternise, et qu'elle subit sans pouvoir agir.

A l'heure où on parle d'intelligence artificielle, de santé connectée, alors que s'achève la Paris Healthcare Week, comment cette situation est-elle encore possible ?

Si en tant que professionnelle, j'entends les difficultés d'organisation et de coûts, je ne peux accepter en tant que proche de voir cette situation perdurer et s'inscrire dans le temps parce qu'on ne sait pas la résoudre.

Prothèses auditives ou dentaires sont nécessaires pour communiquer et interagir avec les autres. Si l'EHPAD est un lieu de vie, et donc de santé, jusqu'au bout de la vie, il ne peut se contenter de la résignation comme seule réponse !

(1) Le prénom a été modifié



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