Ancienne présidente de la CNSA et actuelle directrice générale de l'OCIRP, Marie-Anne Montchamp a livré lors du 18e colloque de la FNADEPA une analyse sans concession des politiques de l'âge. Entre court-termisme budgétaire et absence de contrat clair avec la nation, elle diagnostique les failles d'un système qui peine à assumer la création de la cinquième branche.
"La bataille n'est pas perdue" : Marie-Anne Montchamp appelle à structurer une vision politique de l'autonomie
- Par Juliette Viatte
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"Nous avons transformé la CNSA en une cinquième branche de la sécurité sociale. Bizarre que ça n'ait pas tout à fait abouti et que le compte n'y soit pas." D'entrée, Marie-Anne Montchamp pose le paradoxe : comment le décideur public peut-il décider d'un événement aussi majeur que la création d'une cinquième branche et, dans le même temps, ne pas être totalement dans la situation d'assumer cette innovation sociale ?
L'étonnement est d'autant plus grand que le PLFSS 2026 continue d'adapter les ressources de la branche, avec un milliard et demi d'euros supplémentaires. "C'est toujours bon à prendre", concède-t-elle, mais cette addition n'est "en rien transformatrice du système". Elle n'est qu'une forme d'adaptation dont on peut craindre qu'elle ne produise aucun effet vertueux pour les personnes qui avancent en âge. Car le retard à rattraper est considérable.
Le piège du court-termisme
Pour Marie-Anne Montchamp, l'impasse actuelle naît de deux facteurs conjugués. D'abord, la contraction de la loi de financement de la sécurité sociale sur l'annualité. "On n'a jamais résolu un mécanisme qui va monter en puissance jusqu'en 2050 avec une vision annuelle." Ensuite, l'absence d'expression politique claire et structurée dans un contrat avec la nation.
"Quelle personne peut me dire aujourd'hui ce qu'est la politique de santé dans notre pays ?", interroge l'ancienne présidente de la CNSA. Sans vision sociétale claire sur l'accompagnement du tiers de la population qui va prendre de l'âge, impossible de définir le choix collectif des ressources à orienter vers le système de protection sociale.
Le Ségur illustre parfaitement cette contradiction entre volonté affichée et court-termisme budgétaire. L'impasse de financement s'est traduite par des inégalités entre salariés - ceux qui en ont bénéficié, ceux qui auraient pu en bénéficier, ceux qui en ont bénéficié tardivement. "La conséquence de cette absence d'anticipation et de vision pluriannuelle se traduit aujourd'hui par le déficit des comptes sociaux", souligne Marie-Anne Montchamp.
Une gouvernance moderne à faire vivre
Issue du secteur du handicap, Marie-Anne Montchamp rappelle un principe cardinal : tout part de la personne, de la citoyenneté, de l'inclusion sociale. "Dans le champ du grand âge, la situation n'est absolument pas symétrique", regrette-t-elle, pointant le message vidéo de Charlotte Parmentier-Lecoq diffusé lors du colloque. La ministre déléguée chargée de l'Autonomie, est "une personne extrêmement impliquée, extrêmement sincère et extrêmement honnête", mais elle "a trahi un peu son propos en évoquant des espèces de contractualisation qui n'ont absolument aucun sens et aucune place relativement à l'énoncé du problème".
Pour elle, la CNSA représente "une véritable pépite" à qui il faut confier une responsabilité croissante en matière de pilotage, d'animation et de régulation. Sa gouvernance innovante - qui réunit autour de la même table État, départements, professionnels, associations, organisations syndicales et patronales - offre "une version moderne de l'État capable d'être un soutien, un accompagnateur".
Mais cette gouvernance ne peut fonctionner que si toutes les parties prenantes sont respectées. "Quand quelqu'un prend le pas sur les parties prenantes, le système se distord et l'effet de gouvernement est moins fort."
2027 : dernière chance
Marie-Anne Montchamp fixe trois conditions pour résoudre l'équation. D'abord, la clarté politique : "Il y a une élection présidentielle en 2027 et j'espère que les candidats vont se prononcer. On ne peut pas jouer dans l'ambiguïté."
Ensuite, partir d'une représentation juste de la situation. La question du vieillissement n'est pas abstraite, "elle se dénoue dans une proximité". Il faut financer la conséquence en santé du vieillissement et son accessibilité sur tous les territoires, tout en préservant la liberté de choix des citoyens - le logement, les activités, l'expression de la citoyenneté.
Enfin, penser l'attractivité des métiers autrement. "Ce secteur doit bénéficier d'une vision académique", insiste-t-elle, évoquant cette capacité à interpréter un rôle où l'engagement et le libre-arbitre sont essentiels. "C'est la différence entre un CAP de cuisine et l'académie Ferrandi."
Sa conclusion sonne comme un ultimatum : "Il faut vraiment structurer une plateforme qui doit s'imposer dans le débat pour la présidentielle de 2027. Il n'y aura pas de deuxième chance. Si ce sujet n'est pas pris comme priorité cardinale pour la société française, nous ne serons pas en capacité de résoudre l'équation de 2050." Mais Marie-Anne Montchamp refuse le fatalisme : "La bataille n'est pas perdue."
