15/01/2018  -  Témoignage  9708

" Ce matin, j'étais donc seule pour 99 résidents... "

Dans une longue lettre postée sur sa page Facebook, Mathilde Basset, 24 ans, infirmière en EHPAD, raconte à Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, son quotidien d'infirmière en EHPAD. Le témoignage d'une profession en grande souffrance.

Cet article est réservé aux abonnés.

Pour profiter pleinement de l'ensemble de ses articles, Géroscopie vous propose de découvrir ses offres d'abonnement.

Madame la Ministre,

Je suis infirmière depuis un an et demi. Je travaille depuis trois mois au Centre Hospitalier du Cheylard en Ardèche. Enfin, je travaillais, car mon dernier contrat de 3 semaines se termine le 4 janvier prochain et c'est avec dégoût et la boule au ventre que je quitte ce radeau de la méduse. J'y ai travaillé deux mois en médecine / SSR / Urgences. Dans ce service, une infirmière peut se retrouver à gérer seule 35 patients relevant d'une surveillance clinique accrue, accueillir un ou plusieurs usagers qui entrent de manière "programmée" et prendre en charge une ou deux urgences vitales, le tout simultanément. C'est ce qui m'est arrivé. Pour m'aider ? La bienveillance d'une infirmière coordinatrice du service qui devait être partie depuis plus de deux heures, des aides-soignantes à raison de une pour un couloir de 15 à 20 patients. J'ai tenu deux mois - octobre et novembre - puis j'ai arrêté.

En décembre, je suis descendue d'un étage, direction l'EHPAD de l'hôpital. Des couloirs hospitaliers, des chambres doubles sans vide ni oxygène mural, des chariots lourds, seulement 2 ascenseurs pour les visites et les soins. L'EHPAD comprend 99 résidents sur trois niveaux. Nous tournons à 3 infirmières (matin, journée et soir), à deux (matin, soir) les week-ends, les jours fériés, les vacances et en cas d'arrêt. Bien que situé dans un hôpital, l'EHPAD n'embauche pas d'infirmières de nuit, faute de budget pathos. Et on continue à faire croire aux usagers et à leur famille qu'ils seront soignés quoi qu'il arrive.

Ce matin, j'étais donc seule pour 99 résidents, 30 pansements, un oedème aigu du poumon, plusieurs surveillances de chutes récentes et j'en passe. Mes collègues aides-soignants étaient elles aussi en effectif réduit ce qui ne leur permettaient pas de distribuer les médicaments comme généralement pratiqué après vérification des 99 piluliers complétés par la pharmacie interne. Et ce, dans le cas où il s'agit bien d'aides-soignants et non d'agents de service hospitaliers faisant fonction d'AS, pas formés ou formés sur le tas avec toutes les lacunes que cela engendre.

Ce matin, j'ai craqué. Comme les 20 jours précédents. Je m'arrache les cheveux, au propre comme au figuré. Je presse les résidents pour finir péniblement ma distribution de médicaments à 10h15 (débutée à 7h15), je suis stressée donc stressante et à mon sens, maltraitante. Je ne souhaite à personne d'être brusqué comme on brusque les résidents. Disponible pour personne, dans l'incapacité de créer le moindre relationnel avec les familles et les usagers, ce qui, vous en conviendrez, est assez paradoxal pour un soi-disant lieu de vie.

Je bâcle. Je bâcle et agis comme un robot en omettant volontairement les transmissions de mes collègues que je considère comme les moins prioritaires pour aller à l'essentiel auprès des 99 vies dont j'ai la responsabilité.

J'adore le soin, la sollicitude, la relation de confiance avec mes patients, mais je ne travaille pas dans un lieu de vie médicalisé. Je suis dans une usine d'abattage qui broie l'humanité des vies qu'elle abrite, en pyjama ou en blouse blanche.

Arrivez-vous à dormir ? Moi non. Et si c'était vous ? Vos parents ? Vos proches ? Que voulons-nous faire pour nos personnes âgées ? Pour les suivantes ?

J'ai peur, Mme la Ministre. Votre politique gestionnaire ne convient pas à la logique soignante. Ce fossé que vous avez créé, que vous continuez de creuser, promet des heures bien sombres au système de santé. Venez voir, rien qu'une fois. Moi je rends mon uniforme, dégoûtée, attristée.


02/04/2026  - 17 juin

Les Estivales de la Fondation Partage et Vie : quelle liberté quand décline l'autonomie ?

La réflexion éthique et les échanges qu'elle suscite doivent permettre de nouvelles approches de l'accompagnement des personnes.
02/04/2026

Et la sexualité après 80 ans ? Webinaire SFGG

Tel est le thème des prochaines Printanières organisées par la Société Francaise de gériatrie et de gérontologie (SFGG) et qui se dérouleront le 2 avril 2026 en total digital. La journée sera enrichie d'interventions de gynécologues, urologues, psychologues, gériatres etc. pour répondre aux différentes questions techniques et sociétales. ...
01/04/2026  - Innovation

Robots, IA : un nouveau modèle d'Ehpad en préparation

Face à des tensions persistantes sur les effectifs dans le secteur du grand âge, les pouvoirs publics travaillent à une expérimentation intégrant de manière structurée des solutions robotiques et d'intelligence artificielle dans le fonctionnement des établissements.
01/04/2026  - Assurance-maladie

Infirmière référente, consultations infirmières, accès direct aux IPA : on passe aux actes

Les trois organisations syndicales représentatives des infirmières libérales ont signé un avenant n°11 qui concrétise l'évolution du rôle des infirmiers dans l'organisation des soins.
01/04/2026  - Formation

CPF : le ticket modérateur passe à 150 euros

Instauration de plafonds d'utilisation des droits, participation financière obligatoire du titulaire augmentée de 50%, le compte personnel de formation est mis sous cloche.
31/03/2026  - Aides à domicile

Carburant : des aides à domicile « qui s'appauvrissent en travaillant »

Les aides à domicile ne font pas partie des professions aidées et l'UNA, comme l'ensemble du secteur de l'aide à domicile,tire de nouveau la sonnette d'alarme.
31/03/2026  - HAS

Evaluation de la stimulation magnétique transcrânienne dans les douleurs neuropathiques chroniques

La HAS lance son évaluation pour la prise en charge des adultes réfractaires aux traitements pharmacologiques classiques.
31/03/2026  - Revue GPNV

Conduite, stop ou encore : l'atout d'une évaluation sur simulateur

Une équipe lyonnaise présente dans la revue Gériatrie et Psychologie Neuropsychiatrie du Vieillissement un parcours multidimensionnel intégrant une évaluation cognitive et une évaluation sur simulateur de conduite.
31/03/2026  - Opco-Santé

Apprentissage : un modèle fortement dépendant des aides

Le soutien massif à l'apprentissage s'essouffle, avec des aides nettement réduites et désormais ciblées en 2026. La branche SSSMS de l'Opco-Santé a déjà réduit la voilure.