Inauguré en juin 2025, le Hameau de la Thibaudière a ouvert ses portes au printemps 2024. Les professionnels de cette structure y appliquent l'approche Carpe Diem et veillent à ce que ses habitants, des personnes âgées en situation de handicap, se sentent « comme à la maison ».
Le Hameau de la Thibaudière : un modèle innovant d'accompagnement
Accueil de jour, hébergements temporaires et permanents, logements adaptés : l'offre d'accompagnement proposée par l'association Agevie, au sein du Hameau de la Thibaudière, permet à chaque personne de disposer d'une prise en charge adaptée à sa situation. La structure est née d'une volonté politique du Conseil départemental de la Touraine, d'apporter une réponse humaine et innovante aux besoins d'hébergement et d'accompagnement des personnes âgées de plus de 50 ans, atteintes de troubles cognitifs (dont les maladies neurodégénératives) et des personnes handicapées vieillissantes, souvent confrontées à des problématiques similaires. « Le Département a souhaité proposer un véritable lieu de vie familier où la structure et les services s'ajustent aux personnes et à leurs besoins », souligne Laëtitia Chevalier, directrice de l'Autonomie et de la Maison départementale des personnes handicapées (MDPH) au sein de la collectivité. Le Hameau compte 80 places autorisées, dont 65 places d'hébergement permanent, 15 places d'accueil séquentiel (5 places d'hébergement temporaire, 10 places d'accueil de jour) et 15 logements inclusifs. Etablissement privé à but non lucratif, il est habilité à 100 % à l'aide sociale.
La philosophie d'accompagnement
L'innovation se manifeste tout d'abord par l'approche Carpe Diem, déployée pour l'accompagnement des résidents, appelés les « habitants », tandis que les professionnels sont les « accompagnants ». « Nous cherchons au maximum à ne pas faire à leur place », indique Mary Plantureux, directrice de la structure. Cette philosophie, qui privilégie l'approche non médicamenteuse, valorise les capacités fonctionnelles préservées des habitants, respecte leur rythme de vie, leur liberté d'aller et venir, et renforce le lien social. Cet accompagnement est proposé dans une atmosphère « comme à la maison », afin de leur donner la possibilité d'effectuer les mêmes activités que chez eux, cuisiner, étendre le linge... « Nous essayons d'accompagner les habitants dans le maintien des gestes de la vie courante pour conserver leur autonomie », précise-t-elle. Ce respect de leur rythme de vie implique une adaptation de l'organisation du temps de travail des accompagnants, plus nombreux qu'au sein d'un Ehpad « classique » : 3 aides-soignants pour 14 habitants, 3 postes à temps plein pour l'animation, un éducateur d'activité physique adaptée, des infirmiers et des coordinateurs qui renforcent les équipes au sein de chaque maison. « Nous essayons de mettre à distance la pathologie, le côté soignant pour faciliter les échanges, instaurer de la confiance et permettre un accompagnement individualisé », ajoute Mary Plantureux, précisant que les professionnels ne portent pas de tenues spécifiques, mais sont habillés en civil. Des activités partagées sont proposées aux habitants, notamment du jardinage, l'animation d'un bistro et la tenue d'un journal. Ils ont aussi accès à une salle Snoezelen, une balnéothérapie, un espace multimédia, une salle d'activité physique et motrice, un espace dédié à la musique. En extérieur, ils disposent d'un espace vert, d'un potager et d'un poulailler. La circulation est libre, mais sécurisée. Le psychologue, l'ergothérapeute et l'infirmière coordinatrice accompagnent les professionnels dans la mise en oeuvre de cette philosophie Carpe Diem, prônant la bienveillance, l'accompagnement et le maintien de l'autonomie. « Ce n'est pas toujours évident avec le turn over du personnel, plutôt commun au sein des structures médico-sociales, reconnaît Mary Plantureux. Mais cela fait partie des difficultés du secteur. »
L'innovation architecturale
La conception architecturale du Hameau de la Thibaudière a été pensée pour permettre la bonne mise en oeuvre de cette approche. Les trois maisons, éco-conçues et non sectorisées, qui rassemblent l'ensemble des unités, « ne sont pas organisées en L, en U ou en T avec des grands couloirs et une unique salle de restaurant, comme cela peut être le cas des Ehpad plus classiques, rapporte Mary Plantureux. Les partenaires à l'origine du projet ont pensé des espaces plus petits et accueillants. » Chaque maison compte 14 chambres individuelles avec salles de bain, une salle à manger centrale et une cuisine. De même, les couloirs sont courts pour éviter « l'effet tunnel ». Cette vie « comme à la maison » implique d'accepter certains risques : des fenêtres au rez-de-chaussée donnant accès à l'extérieur, la présence d'escaliers ou encore des accès aux terrasses. Les trois maisons, indépendantes les unes des autres, sont cependant reliées par les couloirs des sous-sols, où circulent les chariots pour le ménage, afin d'éviter leur stockage au sein même des unités, et ainsi mettre à distance l'approche institutionnelle. « Cela donne aux maisons un aspect familier », se félicite Laëtitia Chevalier. Ces couloirs sont également utilisés par les pompes funèbres lorsqu'ils doivent intervenir sur le site.
Le fil d'ariane
La structure perçoit une subvention supplémentaire de 600 000 euros annuels de la part du Département pour déployer « le fil d'Ariane ». Lorsqu'une personne dépose un dossier d'admission, l'équipe se déplace à son domicile, pour une prise de contact avec elle et sa famille, et ainsi favoriser son adhésion à son entrée en établissement. La personne vient alors au Hameau sur des temps d'accueil de jour, puis en séjours d'hébergement temporaire, pour intégrer progressivement la structure. « Nous favorisons la transition de vie, explique Mary Plantureux. Le parcours est progressif, dans le respect du rythme de la personne accueillie. Nous avons une file active de 20 personnes sur ce fil d'ariane. Nous recevons beaucoup de demandes d'admission vue l'attractivité du projet. Nous ne pouvons pas répondre à toutes, mais nous suivons les personnes attentivement et les orientons vers d'autres établissements lorsque la situation devient préoccupante. »
Laure Martin
