The Shift Project, en partenariat avec la CNSA et l'En3s, publiait le 4 avril 2024 un rapport pour alimenter la planification écologique de la branche autonomie. Il fait suite à un travail initié par la CNSA sur le calcul de l'empreinte carbone officialisé en 2023. On fait le point.
Décarboner la France : The Shift Project mobilise autour du grand âge
Conscient que le changement climatique et les difficultés d'approvisionnement en énergies fossiles allaient profondément perturber le secteur de l'Autonomie, le Think tank The Shift Project propose de réfléchir aux conséquences de la dégradation des écosystèmes et des crises climatiques sur la santé des personnes et sur les infrastructures propres à l'accompagnement du grand âge, mais aussi de tenter de réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) en se passant du pétrole et du gaz. Le but : atteindre les objectifs fixés par l'Accord de Paris : baisser de 80% les émissions annuelles en 2025.
10 millions de tonnes
C'est le taux de CO2 rejeté chaque année par le secteur de l'Autonomie. C'est dire si l'empreinte carbone du secteur, calculée à l'échelle des départements et des établissements et services à domicile, est importante. Elle équivaut aux émissions annuelles d'1 million de français. Quatre pôles sont particulièrement concernés.
Les déplacements : 27 % des émissions sont liées à la combustion des moteurs thermiques lors des déplacements domicile-travail, et des interventions à domicile. 6,6 milliards de km soit l'équivalent de 165 000 tours de la Terre sont ainsi parcourus chaque année par les professionnels du secteur de l'autonomie pour leurs déplacements domicile-travail
L'alimentation : 24 % des émissions sont issues des espaces de restauration collective, principalement en raison de l'impact du méthane (CH4) émis par l'élevage bovin et du protoxyde d'azote (N2O) émis par l'épandage de fertilisants.
La consommation d'énergie des bâtiments : 22% proviennent en particulier du fioul et du gaz dont la combustion pour le chauffage émet du CO2, l'électricité étant peu carbonée en France. 190 millions de litres de fioul sont consommés chaque année dans les établissements de l'Autonomie, soit environ 55 000 piscines olympiques.
Les bâtiments, les soins, les déchets et le linge : 27 % des émissions se répartissent entre plusieurs postes. Le secteur de l'Autonomie représente 75 millions de m2 de bâtiments.
Des différences départementales
Analysées avec précisions, les émissions dépendent de la densité démographique, du taux d'équipement et des spécificités territoriales. Les départements les plus émetteurs sont les départements les plus peuplés, et notamment le Nord, les Bouches-du-Rhône et le Rhône, la Gironde et dans une moindre mesure Paris et les autres départements franciliens. Plus de 60 % des émissions de gaz à effet de serre du secteur proviennent des établissements pour personnes âgées et 27 % des établissements et services pour personnes en situation de handicap. 11% proviennent des Services autonomie à domicile (SAD) et dans une moindre mesure des centres de ressources.
Une nécessaire mobilisation
Le pic démographique attendu pour 2030, et l'augmentation du nombre de personnes à accompagner dans le même temps vont naturellement impacter les ressources à mobiliser. Sans actions engagées pour sortir des énergies fossiles, les émissions du secteur devraient augmenter de plus de 40% d'ici 2050, indique The Shift Project. Pourtant le rapport est formel « Si l'on met en place les leviers de décarbonation proposés, les émissions du secteur pourraient réduire de 70% d'ici 2050 ». Le Think tank propose dès lors deux hypothèses de travail, la première intégrant un virage domiciliaire pour les personnes âgées, la seconde sans. « Même si le virage domiciliaire semble être l'orientation privilégiée, il est probable que la réalité se situe entre les deux, souligne toutefois le rapport. Aussi, l'objectif est plutôt d'identifier, les leviers et actions de décarbonation à mettre en place, en contrastant les options liées à l'établissement et aux services à domicile ».
L'engagement de tous les acteurs
Plusieurs préalables sont nécessaires à la réalisation de cette décarbonation : une planification précise, composée d'une feuille de route déclinée à l'échelle des territoires et co-construite avec les acteurs de la branche ; des outils nationaux et territoriaux pour suivre et quantifier l'effectivité des leviers grâce à l'élaboration d'indicateurs standardisés ; l'élaboration d'un plan de financement ; l'engagement de toutes les parties prenantes sur l'ensemble d'un territoire (collectivités territoriales, filières agricoles, producteurs locaux, fournisseurs de médicaments et de dispositifs médicaux...) ; la formation des professionnels du secteur mais aussi des bénéficiaires aux enjeux environnementaux pour garantir la mobilisation et l'engagement de tous.
Des fiches leviers
Destinés aux opérateurs du secteur, des fiches leviers disponibles sur le site de la CNSA permettent d'éclairer au mieux cette question de la décarbonation et de proposer des axes de travail à adapter en fonction de la taille, des besoins, des contraintes et de l'organisation de chaque structure. Après une présentation des problématiques (état des lieux, potentiel de réduction identifié), ces fiches identifient des leviers pour atteindre les objectifs fixés, en les illustrant de mesures concrètes. Pour réduire son empreinte carbone, l'établissement peut envisager par exemple de faciliter le recours au télétravail, d'inciter à l'utilisation de transports « sobres », ou de réduire le nombre d'émissions par kilomètres parcourus chaque jour en favorisant le covoiturage, ou l'utilisation de véhicules électriques légers... Sans angélisme, chaque fiche n'omet pas de détailler les freins (desserte de transports, disponibilité des infrastructures...), ni les co-bénéfices (qualité de vie au travail, bénéfices pour la santé, bénéfices économiques. Un outil concret et pratique pour s'interroger efficacement sur ses pratiques et besoins.
