31/01/2019  -  Dialogue social  10333

Grève nationale en EHPAD : vers un acte III ?

La grogne monte du côté des syndicats de salariés des EHPAD et services d'aide à domicile comme des représentants des directeurs des établissements de la fonction publique hospitalière. L'intersyndicale et l'AD-PA porteront leurs motions le 21 février à l'Élysée. A cette date, ça passe ou ça casse.

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Elles n'en démordent pas. Les 10 organisations syndicales* et l'AD-PA se sont à nouveau réunies le 29 janvier. Lors de leur dernière rencontre, le 21 décembre dernier, une série de 1 000 réunions ou assemblées générales, ont été initiées dans les établissements et services à domicile pour personnes âgées afin d'établir les revendications. "D'ores et déjà de nombreuses réunions se sont tenues et ont permis d'adopter des motions en direction du Chef de l'État", précisent-elles dans un communiqué commun en date du 29 janvier.
"L'ensemble de ces motions et des cartes pétitions seront portées par une délégation commune qui se rendra à l'Élysée le 21 février et qui demandera à être reçue." Si Emmanuel Macron, le président de la République, ne répond à pas à leurs revendications urgentes "notamment en termes d'augmentation des effectifs et des salaires", une mobilisation nationale dans les établissements pourrait reprendre à l'instar du 30 janvier et du 15 mars 2018.

Professionnels "à bout de souffle"

La Fédération CGT de la Santé et de l'Action Sociale a appelé, le 5 février, l'ensemble de ses militants et salariés des EHPAD à une journée de grève reconductible. "Ce secteur où l'on accueille des personnes dépendantes nécessitant une hospitalisation, tout comme les EHPAD, est sinistré à cause d'effectifs insuffisants. Les conditions de travail pour les personnels sont indignes des valeurs de leurs professions. Les propositions du gouvernement à travers la Loi de Financement de la Sécurité Sociale (LFSS) pour l'année 2019 représentent 125 millions pour les EHPAD et les Services de soins à domicile (SSIAD). Cela ne répond pas aux besoins réels revendiqués par les usagers, les familles et les professionnels. Le projet de loi initié par la ministre, Madame Buzyn, qui travaille dans le cadre de la « concertation grand âge et autonomie », n'est pas en mesure de répondre à la situation aggravée et à la sinistralité du secteur médico-social. Les professionnels sont à bout de souffle et ne veulent pas s'associer aux propositions du gouvernement qui sont minimalistes, inadaptées, utopistes et indécentes", critique le syndicat.

"Dialogue social au point mort"

L'exaspération grimpe également du côté des syndicats de directeurs d'EHPAD de la fonction publique hospitalière qui réclament la réouverture d'un dialogue social. Le Syncass-CFDT, principal syndical des D3S juge "que les politiques publiques ont dégradé le management, à travers la pression financière et par des réformes en partie bâclées." Quelles conséquences pour les chefs d'établissements ? "Baisse des effectifs, intensification du travail, contradictions managériales à gérer sans le soutien nécessaire, remise en cause des directions par les pouvoirs publics, risques psycho-sociaux croissants...", liste le syndicat. "Mais tandis que la situation se dégrade, l'État a mis le dialogue social au point mort, bloquant toute concertation sur les sujets statutaires depuis deux ans, refusant toute demande d'ouverture de négociations et toute poursuite de la mise en oeuvre des protocoles d'accords. En ne répondant pas à notre demande d'ouverture d'une négociation, en louvoyant sur leurs intentions, en tablant sur l'inertie ou le découragement des collègues, les pouvoirs publics prennent un sérieux risque", avertit le Syncass-CFDT.

Situations à fort risque psycho-social

Le CH-FO réclame lui-aussi la réouverture des négociations sur l'unicité du corps DH-D3S, tout en pointant du doigt "11 ans de mutisme, 11 ans de comitologie occupationnelle, 11 ans à répondre de manière absurde que l'unanimité syndicale est nécessaire pour prendre une décision, que la majorité réclame". "On ne peut être sourd face à la grogne, on ne peut demeurer aveugle devant l'inaction, on ne vous veut plus muet sur la suite à donner à ce protocole, on veut des actes, on veut des preuves", martèle le CH-FO qui s'inquiète des incidences sur la santé des directeurs." Quel suivi médical pour les directeurs ? Quels dispositifs de prévention des situations à fort risque psycho-social ? Quel comité médical pour les directeurs ?", interroge-t-il.

Une perte de sens

De son côté, le SMPS alerte sur "la baisse nette d'attractivité des métiers du management" qui s'illustre notamment par "les chiffres de participation aux concours [en baisse]", "le nombre de postes vacants dans les 3 corps (DH, D3S, DS) dans des régions ou établissements difficiles". "Il ne s'agit ainsi pas seulement d'un questionnement sur les rémunérations et l'harmonisation des statuts, mais aussi d'une perte de sens qui obère l'enthousiasme des plus déterminés à rejoindre le service public préféré des Français et à en piloter les établissements", insiste le syndicat, "car à perdre de vue ses managers, l'État perdra aussi l'engagement qui est le leur au service de l'intérêt général."


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