Près de 80 000 participants, plus de 2,2 millions de réponses, 405 000 verbatims. La consultation des États généraux de la santé et de la protection sociale, lancée en novembre 2025 par un collectif de plus de 50 organisations de la société civile, s'est achevée le 17 février dernier sur une mobilisation sans précédent.
Les résultats ont été présentés ce 10 mars lors d'une conférence de presse organisée dans les locaux d'APF France Handicap. Mais loin d'être une conclusion, cette restitution marque surtout le début d'un processus ambitieux dont le secteur médico-social doit se saisir.
Un socle solide, des attentes massives
Premier enseignement, et non des moindres : 9 citoyens sur 10 et autant de professionnels se déclarent attachés au modèle français de protection sociale. Pour Séverine Salgado, directrice générale de la Mutualité française, ces deux résultats ne sont pas contradictoires : « La demande de protection est à la hauteur de l'attachement des Français à leur système. » Cet attachement va de pair avec une exigence forte de réforme : accès aux soins de qualité, réduction des délais d'attente, maîtrise des dépenses, lutte contre la fraude. Les professionnels y ajoutent la revalorisation de leurs métiers et l'allégement d'une charge administrative jugée paralysante. Du côté de l'UDES, David Cluzeau résume la réalité de terrain sans détour : « Quand les financements se tendent et les moyens se réduisent, ce sont des postes non pourvus, des équipes qui s'épuisent, des investissements repoussés - et au bout du compte, une pression croissante sur la qualité des soins et de l'accompagnement. »
La perte d'autonomie, impensé collectif à déconstruire
C'est le résultat qui interpelle le plus pour notre secteur : 73 % des citoyens se déclarent peu ou pas du tout préparés à faire face à la perte d'autonomie. Pascale Ribes, présidente d'APF France Handicap, a été directe lors de la conférence : « Non, nous ne sommes pas préparés à cette transformation de la société. La perte d'autonomie reste un sujet que notre société a vraiment du mal à regarder en face. » Elle a rappelé l'urgence d'agir sur plusieurs leviers simultanément : attractivité des métiers, offre de proximité, soutien aux aidants. Et d'insister sur un principe cardinal pour les acteurs de l'accompagnement : « La solidarité nationale ne doit pas s'effacer au profit de la solidarité familiale. » Pourtant, 68 % des citoyens et 74 % des professionnels se prononcent en faveur d'une couverture prévoyance obligatoire - preuve qu'une fois la question posée clairement, la disposition à anticiper collectivement existe bel et bien.
Les maires, premiers acteurs de proximité
À quelques jours des élections municipales des 15 et 22 mars, les États généraux ont adressé une interpellation directe aux futurs élus locaux. Daniel Goldberg, président de l'UNIOPSS, a tracé la feuille de route : « Les maires peuvent être à la manoeuvre pour éviter le fonctionnement en silo des politiques publiques. Ce sont elles et eux, plus proches des citoyens, qui doivent permettre des réponses qui pensent au parcours de la personne. » Prévention, lutte contre l'isolement, mise en oeuvre des services publics départementaux de l'autonomie : autant de leviers que les collectivités peuvent actionner sans attendre les arbitrages nationaux.
La co-construction s'ouvre : un rendez-vous à ne pas manquer
Les États généraux entrent désormais dans leur phase de co-construction, de mars à juin 2026, avec des ateliers territoriaux - dont le premier à Paris le 31 mars -, des groupes de travail nationaux et une convention démocratique de 50 citoyens tirés au sort. L'automne 2026 sera consacré à la convergence des propositions.
Pour les directeurs d'Ehpad et les responsables de services à domicile, le message est clair : s'inscrire dans ces espaces de co-construction pour peser sur les arbitrages à venir. Les conditions concrètes de l'accompagnement du grand âge (financement, effectifs, qualité de vie au travail) ne peuvent plus rester en lisière du débat public.