Le 2 avril 2026, la Société Française de Gériatrie et de Gérontologie consacre son webinaire « Les Printanières » à une question longtemps tue dans les établissements et services à domicile : la santé sexuelle des personnes âgées.
Sexualité et grand âge : les Printanières de la SFGG brisent les tabous
Au programme, experts cliniciens, sexologues, représentants des familles et témoignages de résidents. Aperçu d'une journée qui devrait faire réfléchir.
« On est chez eux » - Entretien avec le Dr Pascal Saidlitz
Gériatre au CHU de Toulouse, le Dr Pascal Saidlitz interviendra sur la gestion des comportements sexuels inappropriés en Ehpad et à domicile. Il répond aux questions de Géroscopie.
Quels troubles sexuels les équipes rencontrent-elles le plus fréquemment en institution ?
Les plus répandus sont les troubles en creux : diminution de la libido, altération des capacités physiques, dysfonctions érectiles chez l'homme, modifications hormonales chez la femme. Mais ce ne sont pas ces signes qui alertent les soignants. Ce qui mobilise les équipes, ce sont des situations moins fréquentes mais au retentissement bien plus fort : les comportements sexuels inappropriés -c'est le terme retenu dans la littérature internationale, préférable à celui d'hypersexualité. Ils peuvent être verbaux, gestuels sans contact, ou impliquer un tiers.
Ces situations sont-elles anticipées dès l'admission ?
En théorie, l'évaluation gériatrique globale couvre l'ensemble des complications comportementales pouvant compliquer les troubles neurocognitifs, y compris sexuelles. Dans les faits, les situations émergent le plus souvent à distance de l'entrée, au fil d'un déclin cognitif progressif. L'équipe se trouve alors à devoir évaluer dans l'urgence : un incident survenu en espace collectif, une relation entre deux résidents, et des questions qui s'enchaînent (capacité à consentir, caractère adapté ou non de la situation). Il faut rappeler qu'une relation entre deux personnes présentant des troubles cognitifs n'est pas, en soi, une relation inappropriée. Ces résidents ont le droit à une intimité, à une sexualité.
La dimension affective et conjugale est-elle mieux prise en compte ?
Très rarement en France. La question de l'intimité du couple (quelle place lui ménager lorsqu'un seul des conjoints entre en établissement ? comment préserver une vie intime lorsqu'ils vivent dans des chambres séparées ?) est presque systématiquement absente du recueil initial. Les pays nordiques, la Suisse, la Belgique, intègrent ces questions comme des éléments ordinaires de l'accompagnement. En France, nous avons un retard réel, y compris sur des dispositifs comme l'accompagnement sexuel, qui existe pour des personnes vivant en institution dans plusieurs pays voisins et qui reste ici très marginal.
Les soignants sont-ils formés pour y faire face ?
Non -et je m'y inclus. Ma propre compétence s'est construite sur le terrain, par auto-formation, pas dans le cadre d'un cursus structuré. Quelques DU commencent à intégrer ces questions, mais de manière encore très parcellaire. Dans mes formations, j'observe que les questionnements des soignants arrivent par la porte du trouble : ils cherchent à résoudre une situation difficile. C'est à partir de là qu'il faut élargir le cadre - rappeler que la sexualité de la personne âgée en institution est une réalité, qu'elle soit vécue seule ou partagée. Partir du principe qu'elle n'existe pas, c'est s'assurer que, le jour où elle se manifeste, elle sera vécue comme un problème.
Les soignantes, souvent en première ligne, signalent-elles facilement ces situations ?
Pas spontanément. Au tabou s'ajoute une crainte bien réelle d'être mal interprétées - d'être perçues comme ayant elles-mêmes suscité le comportement. Il y a aussi le risque inverse : la banalisation. Un résident retrouvé dans la chambre d'une autre résidente, et l'équipe laisse faire. C'est précisément ce réflexe qu'il faut combattre. La question du consentement doit être posée systématiquement, même, et surtout, lorsque la situation paraît anodine.
Comment les équipes doivent-elles se positionner face à l'intimité des résidents ?
Je reviens toujours à la même formule : on est chez eux. Le résident est chez lui ; nous intervenons dans son espace pour lui dispenser des soins. Frapper à la porte et attendre une réponse avant d'entrer, ce n'est pas une formalité, c'est la base du respect de l'intimité. Le rôle des soignants est ensuite double : protéger les personnes qui ne seraient pas en mesure de consentir, et simultanément ne pas faire obstacle à l'intimité de celles qui le peuvent. Ce n'est pas à l'équipe de créer la relation ; c'est à elle de ne pas l'empêcher. L'échelle SASBA (St Andrew's Sexual Behaviour Assessment), que je présenterai lors de mon intervention, est une des échelles développées pour évaluer les comportements sexuels inappropriés, mais elle n'est pas encore validée en français.
L'évaluation du consentement reste-t-elle le noeud gordien de ces situations ?
Absolument. Et il n'existe pas d'outil normé qui tranche la question - pas de score-seuil au-dessus duquel le consentement serait établi. Ce qui est certain, c'est que le consentement doit être réévalué en permanence. Comme on le dit depuis le mouvement #MeToo : il n'est jamais acquis une fois pour toutes. Avec des résidents dont les capacités cognitives évoluent, cette vigilance est encore plus impérative.
Quelle place accorder aux familles dans ces situations ?
La priorité reste le résident, y compris lorsqu'il présente des troubles cognitifs. Avant de répondre aux proches, il convient de s'adresser à lui : est-il d'accord pour que des informations soient partagées ? Lorsqu'il s'agit d'un trouble du comportement avéré, des éléments peuvent être transmis à la personne de confiance, comme pour toute situation médicale. Mais une relation intime consentie ne regarde pas la famille. Le résident demeure maître de sa vie personnelle, dans toute la mesure du possible.
Quel cadre thérapeutique préconisez-vous lorsqu'un trouble est avéré ?
Une prise en charge multimodale et collégiale, systématiquement. Les interventions non médicamenteuses passent en premier : accompagnement psychologique, pour la personne dont le comportement est en cause comme pour celle qui en a été victime, interventions motrices et cognitives. Le recours médicamenteux n'intervient qu'en complément, jamais en première intention. La généralisation des psychologues dans les établissements, au cours des quinze dernières années, a considérablement changé la donne : ce sont souvent eux que l'on appelle en premier, et c'est une évolution très positive.
Programme du 2 avril 2026
9h15- Santé sexuelle avec l'avancée en âge
Isabelle Bereder et Léna Pamboutzoglou ouvriront la matinée par un panorama des évolutions physiologiques et psychologiques liées à l'avancée en âge, en donnant la parole aux personnes âgées elles-mêmes.
11h- Maladies neurocognitives et dysfonctions sexuelles
Véronique Lefebvre des Noettes abordera les dysfonctions sexuelles associées aux troubles cognitifs, avant que Pascal Saidlitz, gériatre au CHU de Toulouse, ne traite de la gestion des troubles du comportement sexuel en Ehpad et à domicile.
14h-17h- Sessions cliniques et pratiques
L'après-midi sera consacrée à des approches opérationnelles : sexologie clinique (Caroline Baclet), thérapie de couple (Delphine Cézarine), sexualité masculine et féminine au grand âge, usage des sex-toys chez les seniors (Anne-Julie Vaillant-Ciszewicz), et infections sexuellement transmissibles, un volet souvent négligé en gériatrie, présenté par Sébastien Gallien.
Inscription : www.sfgg-events.org/printanieres-2026/
Géroscopie est fier d'être partenaire des Printanières.
