01/04/2019  -  Grand débat national  10428

Le Cercle Vulnérabilités et Société interroge les plus vulnérables

Le Cercle Vulnérabilités et Société a organisé des ateliers destinés à recueillir la parole des personnes les plus vulnérables, principalement sur le thème de la démocratie et de la citoyenneté, et à la restituer dans le cadre du Grand débat national.

Les personnes âgées fragilisées et les personnes en situation de handicap, notamment psychique, ont ainsi pu faire entendre une voix singulière qui met souvent à mal bien des idées reçues.

En dépit de leur situation de fragilité (grand âge, handicap, précarité ...), la politique est un thème qui suscite chez elles de l'enthousiasme et de l'intérêt. Il procède même d'un véritable décentrage et d'une volonté claire de dépasser la sphère de leur quotidien pour penser aux autres catégories de la population : les jeunes, les aidants, les enseignants... avec qui, parallèlement, ils souhaiteraient avoir davantage d'interactions.

Adef Résidences, AD-PA, Arche à Paris, Korian, AG2R La Mondiale, Korian, Les Petits frères des pauvres, Maisons de Famille, l'oeuvre Falret, la Fondation Partage et Vie, membres du Cercle Vulnérabilités et Société, se sont engagés dans cette opération inédite destinée à recueillir la parole de leurs résident(e)s ou ayant-droits.

Au total, 9 réunions ont réuni plus de 200 personnes en situation de fragilité.

Pour les plus vulnérables, 4 constats majeurs fragilisent la société et le vivre ensemble :

1. Les personnes âgées et handicapées pointent le différentiel croissant entre décideurs/monde politique et le reste de la population. Elles regrettent ainsi que les décisions, prises au plan national et régulièrement influencées par les corps intermédiaires, apparaissent souvent comme très déconnectées du terrain, d'autant qu'elles ne font que peu ou pas l'objet de pédagogie de la part d'« élus qu'on ne voit jamais » . Pour elles, cette situation conduit à une forme de déshérence démocratique.

Au plan économique, les personnes vulnérables déplorent l'évolution de la répartition des richesses qui apparaît de moins en moins tenable, à un moment où « la seule valeur qui est défendue, c'est l'argent . » De ce point vue, la notion de progrès a été régulièrement interrogée par les participant(e)s (« il faut commencer à penser avec le coeur et moins avec les intérêts économiques »), de même que la priorisation des dépenses publiques, lesquelles devraient davantage servir la préservation du commun : la santé, l'éducation et la sécurité doivent être prioritaires.

Les personnes vulnérables soulignent le décalage croissant entre la réalité et les évolutions du monde et l'organisation actuelle de la société : « on est au XXIème siècle et on fonctionne comme au 19ème ). Et cela au plan juridique, administratif (lourdeur à l'heure des organisations agiles, montage d'entreprise...), démocratique (centralisation, faible prise en compte de l'individu), éthique et social. Cette situation les a amenées à questionner plus largement le rôle de l'État dans sa capacité à préserver l'autonomie du citoyen.

Enfin, au plan de l'intergénérationnel, les personnes vulnérables (notamment âgées) regrettent les carences en termes de transmission de valeurs. Alors que la communauté s'inscrit dans une histoire et des valeurs, ces carences conduisent selon elles à un éloignement, à une absence de dialogue profitable entre les vieilles générations « considérées comme d'un autre temps » et les plus jeunes, alors que précisément « la citoyenneté, c'est fait de rencontres physiques : c'est avoir en face de soi une identité, un visage, une expérience différente qui fait sa richesse ». Dans ce contexte, les règles de socialité qui « font groupe » sont sévèrement secouées; et la famille est critiquée, s'agissant notamment du rôle des parents, dans leur capacité à faire grandir les enfants (« ça manque d'autorité »)

Redonner une vraie place

« Lorsqu'elle est proprement donnée, la parole autorise ces personnes qui se sentent souvent « assignées à isolement », à retrouver un sentiment de pleine appartenance à leur pays. Pouvoir donner leur avis, valoriser leur expérience unique au bénéfice de tous, leur a permis d'affirmer avec force leur identité propre, de s'extraire de l'enfermante logique du statut de « dépendant » au profit d'une dynamique affirmée de citoyen », rappelle le Cercle dans un communiqué.

« Pleinement accueillie, cette parole rappelle aussi à tous ceux qui les accompagnent, soignants, bénévoles associatifs, intervenant socio-sanitaires, que derrière le résident ou l'ayant droit, il y a une toute l'épaisseur d'une expérience de vie « hors norme », une pensée, des opinions, une richesse intérieure qui dépasse de très loin le seul corps fragile. Nombreux sont ceux qui, ayant assisté aux débats, sont repartis avec une perception plus riche des personnes qu'elles côtoient ou accompagnent pourtant depuis des mois ou des années. 

Enfin, quand elle est partagée, la parole conduit à de nouvelles formes d'innovation sociale. Les échanges, et plus encore les frictions inhérentes à la passion que cet exercice a suscitées, ont permis de croiser des idées, d'enrichir les opinions et de dépasser avec hauteur le simple « cahier des doléances », pour permettre aux plus fragiles d'apporter une contribution active au débat, souvent mue par le souci de l'intérêt général.


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