Le 19 février dernier, sous les ors de l'Institut de France, Malakoff Humanis réunissait plusieurs centaines d'acteurs du grand âge autour d'une conviction simple mais exigeante : le vieillissement digne ne se construit pas seul.
Le 19 février dernier, sous les ors de l'Institut de France, Malakoff Humanis réunissait plusieurs centaines d'acteurs du grand âge autour d'une conviction simple mais exigeante : le vieillissement digne ne se construit pas seul.
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Après le handicap en 2024 et le cancer en 2025, la soirée annuelle du groupe de protection sociale s'imposait comme un temps de réflexion collective, tendu entre lucidité sur les fractures du système et élan vers des solutions concrètes.
L'isolement, accélérateur silencieux du déclin
Le ton a été donné d'emblée par le Pr Olivier Guérin, président du Conseil national professionnel de gériatrie : l'isolement social n'est pas un épiphénomène, c'est un puissant accélérateur de la perte d'autonomie. En France, plusieurs millions de personnes âgées vivent en marge, souvent invisibles aux yeux de leurs contemporains comme des pouvoirs publics. Un constat que Françoise Fromageau, présidente de Monalisa, a traduit en appel à la co-responsabilité : individuelle, citoyenne, institutionnelle. Car si la prise de conscience progresse, l'action politique, elle, tarde. Yann Lasnier, délégué général des Petits Frères des Pauvres, a évoqué avec franchise une « logistique du dernier kilomètre » que le politique semble avoir perdue, déplorant l'enchaînement de ministres sans avancées tangibles. Le plan Grand Âge, toujours en suspens, en est la plus douloureuse illustration.
Du village gersois à la région PACA : le lien qui recrée du sens
Parmi les moments forts de la soirée, le dialogue entre Mathis, jeune volontaire du Service civique solidarité seniors, et Jacqueline, ingénieure retraitée de 79 ans, a touché juste. Ses visites hebdomadaires à des seniors isolés permettent, selon lui, de changer des vies. Selon elle aussi : ces échanges lui ont redonné le sentiment d'exister, « d'être dans la société ». Une formule qui dit tout.
Autre figure marquante de la soirée : Thibaut Renaudin, maire de Termes-d'Armagnac, village gersois de 200 habitants. Cet élu de premier mandat a décrit un modèle d'intégration où l'Ehpad local, 20 places, irrigue la vie du village plutôt que de s'en couper. Un résident âgé de 80 ans sur la liste électorale, 70 % des achats alimentaires sourcés à moins de 40 kilomètres : autant de preuves que le « faire ensemble » n'est pas qu'un slogan.
Mobilité, numérique, habitat : trois chantiers, une même urgence
Les échanges ont mis en lumière trois leviers essentiels du bien vieillir, souvent sous-estimés dans les politiques publiques. Sur la mobilité d'abord : selon Sébastien Bailleul, de l'association Wimoov, plus de 15 millions de Français sont en situation de précarité de déplacement, dont 3 millions sans aucune solution. Les programmes d'accompagnement de l'association améliorent la mobilité de 82 % des seniors concernés et renforcent leur lien social pour 62 % d'entre eux - un effet collatéral précieux.
Sur le numérique ensuite, Tom Louis Teboul (Emmaüs Connect) et Emmanuelle Fèvre (Bulle Numérique) ont rappelé que l'autonomie en ligne ne s'improvise pas : elle s'accompagne, se forme, se construit. Quant à l'habitat, plusieurs intervenants ont exploré les alternatives à l'Ehpad traditionnel - cohabitation intergénérationnelle, habitat participatif - des formules qui misent sur la solidarité de proximité et l'implication active des résidents.
Philosopher sur l'âge
La soirée s'est achevée sur une note plus contemplative, avec le philosophe Charles Pépin, qui a articulé sa vision du bien vieillir autour de quatre piliers : l'utilité, la curiosité, la flexibilité - idéologique autant qu'articulaire, a-t-il glissé non sans humour - et la contemplation, cette capacité d'émerveillement que la lenteur, apanage du grand âge, peut paradoxalement nourrir. Une philosophie qui résonne différemment selon les trajectoires de vie, comme l'ont rappelé l'épidémiologiste Philippe Amouyel et la sociologue Mélissa Asli-Petit en clôture : 75 % des retraités percevant moins de 1 000 euros par mois sont des femmes. Le bien vieillir a aussi un genre - et un prix.
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