« Regards croisés » est une invitation à découvrir les liens qui se tissent dans le quotidien des Ehpad, au-delà des idées reçues, des rôles et des générations. Ce mois-ci, je vous emmène à l'Ehpad des Clématis du CCAS de Chambéry (73) à la rencontre de...

REGARDS CROISÉS
Caroline dite Caco
38 ans
Coordinatrice de la vie sociale depuis 8 ans
Madame Ponchon
87 ans
Résidente depuis 3 ans
Leur rencontre, Caroline la décrit comme un « coup de foudre amical ». Une expression forte, presque inattendue, qui dit tout de l'évidence de leur lien : « Elle est d'une immense douceur, je dis souvent que c'est mon petit rayon de soleil ».
Madame Ponchon, de son côté, exprime cette relation avec des mots simples et sincères : « Je suis âgée... Ici, on est tous âgés. Mais Caroline, quand elle nous parle, elle ne prend pas de gants parce qu'on est vieux. Quand on discute ensemble, je ne me sens pas vieille ». Leur complicité s'installe sur un rapport authentique, d'égale à égale.
Des liens doucement tissés
La littérature a d'abord nourri leurs échanges, donnant lieu à de belles « rigolades littéraires ». Puis les sujets se sont élargis, devenant plus personnels, notamment sur la parentalité, Caroline étant jeune maman de jumelles : « Au fur et à mesure, Madame Ponchon s'est attachée à mes filles... ».
Madame Ponchon, ancienne auxiliaire de puériculture, parle immédiatement de Caroline et ses filles avec admiration : « Moi j'aurais eu peur d'avoir des jumelles... Je suis très admirative qu'elle arrive à mener le métier qu'elle aime tout en s'occupant de ses petites ».
Ce qui amuse Caroline, c'est que Madame Ponchon, qui a élevé ses trois enfants, s'émerveille de la façon dont elle jongle avec ses rôles. « Elle me perçoit comme une wonder woman mais je lui rappelle toujours qu'elle aussi l'a fait, et même avant moi ! » sourit Caroline. « Oui, mais avant, c'était plus simple », répond Madame Ponchon.
Si Madame Ponchon est curieuse et volontaire et participe à presque toutes les animations collectives, Caroline, elle, chérit leurs instants partagés en chambre, ces moments suspendus où elles se confient l'une à l'autre. Madame Ponchon est une oreille attentive, et inversement : « On a en commun cette particularité de prendre soin. Moi dans mon travail actuel, et Madame Ponchon avec les enfants des autres avant et de son mari jusqu'à récemment. »
D'intimité partagée en introspection
Madame Ponchon avoue qu'elle aurait aimé ressembler à Caroline : « On a l'impression que tout se passe comme elle le désire, elle s'épanouit, ça fait du bien de voir quelqu'un comme ça. » Elle confie également qu'observer Caroline la fait réfléchir à sa propre enfance : « Je n'ai manqué de rien avec mes parents, mais j'aurais aimé être plus accompagnée, je crois... ». Caroline ignore que leur relation amène Madame Ponchon à se questionner sur son propre parcours.
Il y a, dans ce duo, une délicatesse, un équilibre précieux entre donner et recevoir. Un lien unique et fort qui dépasse les étiquettes, les rôles, les années. « Les résidents s'intéressent à nos vies. Et nous - mes collègues et moi - partageons un peu de nous, comme eux partagent un peu d'eux. » Ces échanges, discrets mais profonds, dessinent des ponts entre deux vies. Et si, au fond, vieillir ou grandir n'était pas justement continuer à inspirer et être inspiré ?
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