Seuls 47 % d'entre eux envisagent de rester à leur poste dans les prochaines années, selon le premier Baromètre publié par Les Echos-Etudes.
Le moral des dirigeants d'Ehpad entre engagement et renoncement
Les Echos Etudes publient le 20 janvier les résultats d'une enquête réalisée en ligne du 18 septembre au 3 octobre 2025 auprès d'un échantillon de 170 dirigeants d'Ehpad pour mieux comprendre leur perception du métier, les réalités de leur quotidien et leurs attentes pour l'avenir. La première édition de ce Baromètre, appelé à se renouveler, a visé à établir un état des lieux objectif du moral des dirigeants d'Ehpad et à en suivre l'évolution dans la durée, autour de quatre grands thèmes :
- La satisfaction et le bien-être au travail ;
- Les relations humaines et la reconnaissance ;
- Les contraintes de gestion des établissements ;
- Le ressenti face à l'avenir du secteur.
Le secteur traverse une période de difficultés, qui interrogent à la fois son modèle, son attractivité et les conditions de travail. L'enseignement-clé de ce premier baromètre ? La tension permanente entre engagement et renoncement, quel que soit le statut, public, associatif ou commercial- « le paradoxe du métier », écrit l'étude.
Un équilibre professionnel/personnel précaire et un surmenage marqué- Derrière la façade de l'engagement professionnel, une réalité plus sombre émerge. Si la satisfaction globale au travail atteint une moyenne respectable de 6 sur 10, l'équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle est « difficile » à maintenir pour 52 % des directeurs, voire « très difficile » pour près d'un quart d'entre eux (22 %). Ce déséquilibre n'est pas sans conséquences sur le bien-être des professionnels, un sentiment d'épuisement étant ressenti « parfois » par 45 % des dirigeants, « souvent » par 27 %, et « très souvent » par 26 %. Ces chiffres témoignent d'une charge mentale et physique considérable, souvent ignorée, qui pèse lourdement sur la capacité de ces cadres à maintenir leur motivation sur le long terme.
La gestion du personnel, défi numéro un et source de tensions- Les relations humaines demeurent un pilier de la profession. Les dirigeants estiment avoir de bonnes, voire excellentes, relations avec les équipes (84 %), les résidents (95 %) et les familles (76 %). Ils perçoivent unanimement l'impact positif de leur travail sur la vie des personnes âgées. La gestion du personnel est la principale difficulté citée par 81 % des répondants, loin devant le pilotage budgétaire (56 %). En matière de ressources humaines, le défi majeur est l'absentéisme (41 %), suivi par le recrutement de nouveaux collaborateurs (27 %). Ces données soulignent les tensions structurelles profondes du secteur, exacerbées par la pénurie de personnel qualifié et la difficulté à fidéliser les équipes.
L'IA : les Ehpad à un tournant- Si la transformation numérique est identifiée comme un levier stratégique pour les dirigeants d'Ehpad, son niveau d'adoption varie fortement selon les domaines d'application. L'adoption d'outils numériques pour la préparation des médicaments, le maintien de l'autonomie des résidents et le lien avec les familles est forte. L'e-santé et la télémédecine sont également bien implantées. L'intelligence artificielle, bien que moins utilisée actuellement, suscite un intérêt croissant et une forte intention d'adoption future de la part des dirigeants d'Ehpad.
L'avenir : entre inquiétude et prudence - Les directeurs d'Ehpad abordent l'avenir avec incertitude et pessimisme. Seuls 47 % d'entre eux envisagent de rester à leur poste dans les prochaines années, suggérant une possible mobilité ou un désengagement du secteur pour une large part. La perception de la capacité de leur établissement à répondre aux défis de demain est préoccupante : 40 % se disent « pessimistes », tandis que 35 % sont neutres. À l'échelle du secteur, 44 % n'ont pas confiance dans une évolution positive.
« Les résultats de ce premier baromètre appellent à une réflexion approfondie sur les dispositifs de soutien à destination des dirigeants d'Ehpad, afin de leur redonner des perspectives, de renforcer leur engagement et de restaurer la confiance dans un secteur en pleine mutation », résume Elodie Bervily-Itasse, directrice du département sanitaire et médico-social Les Echos Etudes.
