Dans le n° 150-juin 2023  - Affaires  14825

Le groupe Avec (ex-Doctegestio) dans la tourmente

Après la mise en examen de son PDG Bernard Bensaïd, le groupe Avec doit se défendre sur le front judiciaire, mais aussi sur le front financier avec des dettes qui frôleraient les 170 millions.

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L'épicentre du séisme est à Grenoble où le patron du groupe Avec, Bernard Bensaïd, a été mis en examen le 11 janvier pour « prise illégale d'intérêts » et « détournement de fonds publics » au détriment du groupe hospitalier mutualiste de Grenoble, 400 lits et 1 000 salariés. Le rachat de trop, a déclaré le maire Éric Piolle : « M. Bensaïd est à la tête d'une organisation qui fonctionne comme une pyramide de Ponzi, c'est un château de cartes. »

Mais le groupe compte 400 établissements sanitaires et médico-sociaux (12 000 salariés), et des répliques sont à attendre partout en France.

Déjà quelques semaines auparavant, les projecteurs s'étaient braqués sur l'un d'entre eux, racheté en 2011 par Doctegestio, devenu Avec en 2021 : les thermes Napoléon de Plombières- les-Bains (Vosges).

Le 25 octobre, en séance publique, le député Liot de la circonscription, Christophe Naegelen s'était fait l'écho (cash !) d'une situation virant au cauchemar pour la petite commune après trois saisons thermales fichues - la remise aux normes sanitaires n'ayant pas été réalisée.

La Première ministre lui répond et cingle : « nous ne laisserons pas des acteurs financiers opportunistes chercher des appuis publics sans jamais tenir leurs engagements [...]. Il n'y a et il n'y aura aucune complaisance, aucune facilité, aucune naïveté des pouvoirs publics vis-à-vis de ce groupe, quels que soient les soutiens imaginaires qu'il invoque » - Élisabeth Borne est camarade de promotion de Bernard Bensaïd à Polytechnique.

Enfin rouverts le 3 avril après travaux, les thermes sont en pourparlers de revente.

La marque Amapa

L'aventure médico-sociale d'Avec a pris son essor avec la reprise fin 2012 de l'Association mosellane d'aide aux personnes âgées (Amapa), « un mastodonte de l'aide à domicile à la dérive », écrivait Le Républicain lorrain.

Tout en gardant un statut associatif relevant du droit local d'Alsace-Lorraine, Amapa, 6 700 salariés aujourd'hui, devient une « marque » du groupe et reprend partout en France des services d'aide à domicile en difficulté - ainsi que quelques Ehpad, 15 au total, pour la plupart en Moselle.

Promesses d'investissement non tenues, conflits avec les représentants des salariés ou les élus locaux, poursuites judiciaires éparpillées, rien ne semble freiner son ascension. Jusqu'à l'annonce en 2019 de la construction du « plus bel Ehpad de France » dans un nouvel écoquartier de Metz. Près de 100 lits réunissant ceux de l'Ehpad du groupe à Metz et de son annexe à Longeville-lès-Metz. Une résidence services seniors de 16 logements doit s'y adosser. Mais le chantier ne démarre pas, l'aménageur de la ville doute de son financement et saisit la justice. Le 23 mars 2022, le tribunal judiciaire de Metz annule la vente du terrain et arrête les travaux. L'Amapa interjette l'appel. À ce jour la date d'audience n'est pas fixée.

Au plus vite

La ville de Metz commande alors un rapport interne sur ses relations juridiques et financières avec l'Amapa. Il est présenté le 26 janvier dernier en conseil municipal. Verdict du maire François Grosdidier, élu en 2020 : il faut que les activités d'Amapa « changent de main, au plus vite, et soient reprises par un repreneur sérieux ».

Au plus vite ! disent aussi de nombreuses voix qui pressent l'État de réagir. La divulgation par L'Éclaireur Alpes début mai d'un document interne au groupe en révèle la situation critique : près de 178 millions de dettes pour neuf entités constituant 80 % de l'activité du groupe. L'Amapa en est de 28 millions d'euros.

Avec un risque évident de fuite en avant.

Un collectif grenoblois demande aux pouvoirs publics le démantèlement du groupe sans attendre les décisions de justice. Huit députés concernés dans leur territoire, dont Christophe Naegelen, écrivent au ministre de la Santé : « il est aujourd'hui urgent, bien que la justice doive continuer son travail d'investigation, que l'État réagisse dès à présent ». Ils le disent avec force : « il faut préserver les emplois aujourd'hui menacés » et « assurer la continuité des prestations délivrées aux bénéficiaires ».


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