Dans le n° 160-juin 2024  - Plaies  16779

Escarres : comment prévenir ?

Provoquées par une mauvaise irrigation sanguine liée à une pression prolongée sur les tissus de la peau ou les tissus sous-jacents, les escarres restent pourtant des plaies cutanées évitables. Pour ce faire, les soignants doivent mobiliser leur analyse clinique et s'appuyer sur des échelles de mesures de risque.

Altération cutanée, rougeur, induration, chaleur sont les premiers signes visibles d'une escarre. Mais avant son apparition, il est possible d'évaluer le risque encouru par le résident. Six signes détaillés dans l'échelle de Braden retenue par la Haute Autorité de santé (HAS) doivent alerter.

Mesurer les risques d'escarre

La perception sensorielle

Les soignants doivent s'interroger sur la capacité du résident à ressentir une gêne, une douleur, lui permettant de réagir en cas d'inconfort provoqué par une pression. « Un patient qui rencontre des problématiques sensorielles ne ressent l'inconfort », explique Martine Barateau, infirmière, experte plaie et cicatrisation, vice-présidente de la Société française de l'escarre (SFE). C'est le cas pour les personnes atteintes de neuropathie sensitive, de troubles cognitifs, qui n'arrivent pas à exprimer une douleur ressentie. Ces résidents demandent alors une vigilance particulière.

Le degré d'exposition de la peau à l'humidité

Il ne se limite pas aux résidents incontinents. « D'ailleurs, un patient peut être incontinent urinaire et/ou fécal, mais ne pas être concerné par des problèmes d'humidité dès lors que ses changes sont effectués régulièrement et que les soins d'hygiène permettent de maintenir sa peau sèche », souligne l'infirmière. En revanche, un patient qui transpire, a de la fièvre ou encore s'arrache une perfusion, peut être concerné par cette problématique.

L'activité physique

Le degré d'activité physique du résident doit être évalué par les soignants. Selon qu'il est alité, au fauteuil, marche occasionnellement ou de manière fluide et fréquente, le risque d'escarre varie.

La mobilité

Elle concerne la capacité de la personne âgée à changer et à contrôler la position de son corps, afin d'éviter une pression trop longue sur tel ou tel membre.

La nutrition

Une personne sous-alimentée présente un risque plus élevé de développer des escarres. Il est donc essentiel de diagnostiquer une dénutrition, selon des critères établis par la HAS. « Les équipes soignantes doivent être vigilantes et repérer les résidents qui ne finissent pas leurs repas ou perdent l'appétit », insiste la vice-présidente de la SFE.

Friction et cisaillement

Les soignants doivent considérer ce risque si le résident glisse dans son fauteuil, dans son lit ou s'il a besoin d'aide pour ses transferts. L'évaluation de ces six facteurs permet d'attribuer un score sur 23 points. En-dessous de 17, le patient est à risque. Plus le score est bas, plus le risque est élevé. Les équipes doivent alors mettre en place des actions ciblées de prévention pour éviter l'apparition d'escarres.

Les moyens de prévenir

Favoriser l'autonomie de marche et la mobilité des résidents

« L'apparition d'une escarre est due à une pression sur la peau et le muscle, rappelle Martine Barateau. Un patient mobile ne sera donc pas à risque. En revanche, celui qui ne bouge pas ou marche peu, doit être surveillé. » Le résident doit être incité à marcher, à se mobiliser, être stimulé en permanence, ce qui peut s'avérer compliqué. « Il faut lui proposer des activités stimulantes qu'il apprécie », indique-t-elle.

Pour les personnes qui ne peuvent se mobiliser seules, il faut « s'assurer que le fauteuil roulant est bien adapté à la morphologie du résident », conseille Martine Barateau, insistant sur la nécessité de solliciter l'aide d'un ergothérapeute. L'équipe (médicale, paramédicale, aidant...) doit régulièrement (toutes les quatre heures) effectuer des changements de position du résident, en installant notamment des coussins viscoélastiques et des cales de positionnement, afin de répartir les pressions et prévenir d'éventuels cisaillements et frictions. Pour les patients alités, la démarche est identique en s'appuyant sur des lits médicalisés, des matelas adaptés et des cales pour modifier les appuis, surélever les talons, etc.

Attention : une vigilance particulière doit être accordée aux personnes atteintes de troubles psycho-comportementaux et/ou troubles cognitifs. Leur mobilité ne les exonère pas d'un risque d'escarre, si mal chaussées, elles se blessaient et omettaient d'alerter les équipes.

La nutrition

Un patient dénutri doit absolument manger. « Les personnes âgées ont souvent un petit appétit, ce qui rend la tâche délicate », reconnaît l'infirmière. Augmenter la portion n'est pas une obligation. Il faut surtout l'enrichir en calories et en protides avec du beurre, de la crème, du fromage râpé. « Il est aussi possible d'ajouter des compléments nutritionnels oraux mais ils ne doivent pas remplacer le repas. Il faut donc les proposer au résident à des heures stratégiques », prévient-elle.

L'hydratation

Elle va de pair avec la nutrition. Là aussi, il est parfois difficile de faire boire une personne âgée. Il faut privilégier les jus de fruits, les sirops, voire les yaourts.

Les soins de la peau

La peau des personnes âgées reste particulièrement fragile. Il faut en prendre soin et l'hydrater avec un lait adapté. Pour les résidents porteurs de protection, il est recommandé de réaliser des changes plus fréquents sans attendre que la protection soit saturée et d'utiliser des protecteurs cutanés.

L'investissement des Ehpad dans la prévention des escarres est indispensable. « Sensibilisation et formation des équipes, organisation des soins, collaboration médicale et paramédicale pour élaborer et mettre en place une stratégie de prévention, restent les clefs d'une prise en soin optimale », conclut Martine Barateau.


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