Dans le n° 137-mars 2022  -  Prévenir, dépister, soulager  12658

L'incontinence de la personne âgée

Taboue et sous-diagnostiquée, l'incontinence urinaire touche 20 à 30 % des personnes âgées de plus de 65 ans. Ce problème, encore plus fréquent en EHPAD, implique une prise en charge adaptée. Explications.

Cet article est réservé aux abonnés.

Pour profiter pleinement de l'ensemble de ses articles, Géroscopie vous propose de découvrir ses offres d'abonnement.

La société internationale de la continence définit l'incontinence comme une perte involontaire d'urine par l'urètre. Le vieillissement peut accroître la fréquence et la gravité de l'incontinence urinaire, qui altère la qualité de vie.

Il existe différents types d'incontinence

- L'incontinence par urgenturie : c'est une perte urinaire accompagnée ou précédée d'un besoin irrépressible d'uriner, sans qu'il soit toujours possible pour la personne de se retenir.

- L'incontinence à l'effort : elle est liée à une augmentation brutale de la pression abdominale à la suite d'un effort de toux, d'éternuement ou encore d'un changement de position.

- L'incontinence mixte est une association des deux (incontinence par urgenturie et incontinence urinaire d'effort).

- L'incontinence par regorgement apparaît sur une rétention urinaire chronique, très fréquemment rencontrée en gériatrie.

- L'incontinence fonctionnelle est, quant à elle, liée à une perte d'autonomie fonctionnelle empêchant le patient de se rendre aux toilettes : contention, habillage inadapté, protections, manque d'éclairage la nuit...

Plusieurs causes sont à l'origine de ces difficultés

On peut citer la constipation, les infections urinaires symptomatiques, une atrophie vulvo-vaginale, une iatrogénie médicamenteuse, un syndrome confusionnel, la dépression, une restriction de la mobilité (problème orthopédique, neurologique, environnement), des pathologies de la prostate chez l'homme ou de prolapsus chez la femme, l'apparition de tumeurs vésicales, le diabète ou les atteintes neurologiques comme la maladie d'Alzheimer ou de Parkinson.

Des examens pour confirmer une incontinence urinaire

Le diagnostic de l'incontinence urinaire est clinique. Il repose sur un interrogatoire, un examen et un catalogue mictionnel. Il est réalisé sur une durée de 48 heures au cours de laquelle le professionnel inscrit tous les apports hydriques, les volumes mictionnels et les épisodes de fuites urinaires du patient. Cet examen permet une mesure objective des troubles vésico-sphinctériens et une évaluation de la compliance du patient au traitement. Il s'accompagne toujours d'un examen cytobactériologique des urines pour rechercher une infection urinaire, et d'une recherche d'un résidu post-mictionnel par Bladder scanner ou par échographie vésicale.

La prise en charge

Le traitement - si le patient a un désir de prise en charge et qu'il y a un bénéfice attendu - est essentiellement basé sur les stratégies comportementales et sur la rééducation-réadaptation. Plusieurs thérapies peuvent lui être proposées : un traitement systématique contre la constipation, une oestrogénothérapie locale chez la femme âgée. Il est important de ne pas limiter les apports hydriques. La personne doit boire suffisamment durant la journée en diminuant la consommation de café ou de thé, qui sont des irritants de la vessie, et réduire les boissons en fin de journée, notamment en cas d'incontinence nocturne.

Une rééducation du comportement mictionnel peut être proposée en programmant des mictions toutes les quatre heures, même en dehors de besoins urinaires (excepté la nuit où la personne a besoin d'un sommeil de qualité et réparateur). L'objectif est de permettre à la personne de conserver son autonomie pour déclencher volontairement une miction.

La rééducation pelvi-périnéale si la patiente ne présente pas de troubles cognitifs sévères, la rééducation à la marche, aux transferts et les aides techniques à la marche (déambulateur par exemple), une facilitation de l'accès aux toilettes, une chaise percée ou urinale... sont des alternatives pour maintenir cette autonomie le plus longtemps possible.

Les professionnels conseillent de ne pas utiliser de protection ou de sonde urinaire à demeure (SAD) de manière systématique. La protection doit toujours être adaptée à la nature de l'incontinence, à la quantité des fuites urinaires, au tour de hanche de la personne (pour le change complet). Chez l'homme, l'utilisation d'un étui pénien avec une poche de recueil peut être proposée. Ce dernier doit être adapté à la morphologie du patient (différentes tailles sont disponibles) et peut rester en place jusqu'à 24 heures.

À noter que les anticholinergiques ont très peu d'indication chez le sujet âgé du fait des nombreux effets secondaires qu'ils entraînent.

Si ces mesures sont inefficaces, le patient peut être adressé à un spécialiste de l'incontinence pour une prise en charge spécialisée : stimulation du nerf tibial à la cheville, pose de bandelettes sous urétrales...

Les points d'intention

Il est important de bien connaître les antécédents des patients, leurs habitudes de vie, les traitements prescrits et les pathologies, car ils peuvent être générateurs d'incontinence.

Il faut savoir également bien distinguer l'incontinence de la rétention car si la manifestation est identique, la cause est différente. Le Bladder scanner permet de mesurer le résidu mictionnel et ainsi de différencier l'incontinence de la rétention pour adopter les bonnes mesures.

Il faut aussi surveiller les apports hydriques des personnes âgées, qui ont tendance à moins boire, ce qui favorise les infections urinaires. Or, celles-ci perturbent la vessie et génèrent une envie d'uriner plus fréquente, ce qui augmente les risques d'incontinence.

Il est important de surveiller le transit des patients et de traiter la constipation car elle est source d'incontinence chez 10 % des patients âgés et de continuer d'accompagner aux toilettes les personnes ne pouvant se déplacer seules, pour maintenir l'autonomie au maximum.

Laure Martin avec la collaboration de Sandrine Derville, infirmière spécialiste clinique en consultation et exploration fonctionnelle urodynamique à l'hôpital Corentin Celton (AP-HP), Issy-les-Moulineaux (Ile-de-France) et le Dr Véronique Mangin d'Ouince, gériatre.

02/04/2026  - 17 juin

Les Estivales de la Fondation Partage et Vie : quelle liberté quand décline l'autonomie ?

La réflexion éthique et les échanges qu'elle suscite doivent permettre de nouvelles approches de l'accompagnement des personnes.
02/04/2026

Et la sexualité après 80 ans ? Webinaire SFGG

Tel est le thème des prochaines Printanières organisées par la Société Francaise de gériatrie et de gérontologie (SFGG) et qui se dérouleront le 2 avril 2026 en total digital. La journée sera enrichie d'interventions de gynécologues, urologues, psychologues, gériatres etc. pour répondre aux différentes questions techniques et sociétales. ...
01/04/2026  - Innovation

Robots, IA : un nouveau modèle d'Ehpad en préparation

Face à des tensions persistantes sur les effectifs dans le secteur du grand âge, les pouvoirs publics travaillent à une expérimentation intégrant de manière structurée des solutions robotiques et d'intelligence artificielle dans le fonctionnement des établissements.
01/04/2026  - Assurance-maladie

Infirmière référente, consultations infirmières, accès direct aux IPA : on passe aux actes

Les trois organisations syndicales représentatives des infirmières libérales ont signé un avenant n°11 qui concrétise l'évolution du rôle des infirmiers dans l'organisation des soins.
01/04/2026  - Formation

CPF : le ticket modérateur passe à 150 euros

Instauration de plafonds d'utilisation des droits, participation financière obligatoire du titulaire augmentée de 50%, le compte personnel de formation est mis sous cloche.
31/03/2026  - Aides à domicile

Carburant : des aides à domicile « qui s'appauvrissent en travaillant »

Les aides à domicile ne font pas partie des professions aidées et l'UNA, comme l'ensemble du secteur de l'aide à domicile,tire de nouveau la sonnette d'alarme.
31/03/2026  - HAS

Evaluation de la stimulation magnétique transcrânienne dans les douleurs neuropathiques chroniques

La HAS lance son évaluation pour la prise en charge des adultes réfractaires aux traitements pharmacologiques classiques.
31/03/2026  - Revue GPNV

Conduite, stop ou encore : l'atout d'une évaluation sur simulateur

Une équipe lyonnaise présente dans la revue Gériatrie et Psychologie Neuropsychiatrie du Vieillissement un parcours multidimensionnel intégrant une évaluation cognitive et une évaluation sur simulateur de conduite.
31/03/2026  - Opco-Santé

Apprentissage : un modèle fortement dépendant des aides

Le soutien massif à l'apprentissage s'essouffle, avec des aides nettement réduites et désormais ciblées en 2026. La branche SSSMS de l'Opco-Santé a déjà réduit la voilure.