Photilde
27/03/2026  - "Photilde" - auteure et photographe  18872

Regards croisés

« Regards croisés » est une invitation à découvrir les liens qui se tissent dans le quotidien des Ehpad, au-delà des idées reçues, des rôles et des générations. Ce mois-ci, je vous emmène dans les Ardennes (08), à la frontière belge, à la Résidence Val de Meuse de la Croix-Rouge française, pour rencontrer Myriam Martin, aide-soignante, et Lucette Fleuret, résidente depuis trois mois.

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Trente ans dans la même maison

À l'heure où le manque d'attractivité et le turn-over dans les métiers du soin sont devenus des sujets récurrents - davantage encore dans une zone transfrontalière - Myriam vient de fêter ses trente ans de carrière à la Résidence Val de Meuse. Elle en a vu des chantiers, des transformations et des générations d'équipes se succéder... et elle y est restée.

À ses débuts, me confie-t-elle, elle côtoyait des résidents nés dans les années 1900. « J'adorais ce qu'ils me racontaient. Leur vie, leur époque... ». Ces histoires qui traversent les siècles, qui donnent à voir une France qui disparaît peu à peu. Avant l'Ehpad, Myriam a travaillé à l'hôpital. La différence ? « Là-bas, c'est le soin. Ici, c'est un lieu de vie. On a plus le temps d'apprendre à connaître la personne. » Ce contact humain, c'est ce qu'elle mentionne quand on lui demande ce qui lui plaît dans son métier. Aujourd'hui, elle exerce au sein de l'unité protégée de la Résidence en tant qu'assistante de soin en gérontologie.


Trois mois, et quelque chose qui s'éclaircit

Lucette Fleuret a 77 ans. Arrivée dans la région pour le travail de son mari dans les années 70, elle a consacré sa vie à sa famille. Depuis le décès de son mari, elle vivait à domicile - avec le soutien de ses enfants et d'intervenants extérieurs. La dernière chute a tout changé : Lucette ne marche plus. Un séjour en soins de suite n'a pas suffi à retrouver la mobilité nécessaire pour rester chez elle. La décision de quitter sa maison a été difficile. Par chance, une place était disponible à la Résidence où travaille Myriam... sa fille !

Pendant des années, Lucette a regardé sa fille travailler sans toujours saisir. « Je lui disais souvent : mais pourquoi tu restes si longtemps ? Pourquoi tu ne peux pas venir à telle fête, à tel repas ? Aujourd'hui, j'ai arrêté de poser la question. »

Dans les Ehpad dans lesquels j'interviens, je croise cette situation plus souvent qu'on ne le croit : un soignant qui travaille dans l'établissement où vit son proche. À mes yeux, c'est l'un des indicateurs les plus honnêtes de ce qu'une maison vaut vraiment. Les professionnels qui y travaillent iraient-ils y confier les leurs ?

La réponse de Myriam, on la connaît. Ce qu'elle a changé pour elles deux, c'est ce que je vous raconterai la semaine prochaine.


Photilde

Auteure-Photographe

www.photilde.com