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10/02/2026  - Dossier du mois - Partie 1  18728

Prévention des chutes : un consensus qui peine à se traduire en actes

Les chutes des personnes âgées entraînent chaque année plus de 100 000 hospitalisations et plus de 10 000 décès.

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Tout le monde sait intuitivement ce qu'est une chute. Pourtant, sa définition concrète et opérationnelle a fait l'objet de longues discussions, et celle qui fait consensus aujourd'hui a été donnée il y a 20 ans par un chercheur allemand en gérontologie Klaus Hauer (2006) : « perte brutale et totalement accidentelle de l'équilibre postural lors de la marche ou de la réalisation de toute autre activité et faisant tomber la personne sur le sol ou toute autre surface plus basse que celle où elle se trouvait ». Voilà, c'est dit.


Un fléau de santé publique


Au-delà de la définition, le consensus se fait aussi dans le monde entier pour dire qu'individuellement, la chute est un marqueur d'entrée de la personne âgée dans la dépendance et, collectivement, un fléau de santé publique. En France, en 2023 les chutes accidentelles ont provoqué 3 342 décès chez les 65-84 ans et 7 294 chez les 85 ans et plus, 10 636 au total. En comparaison, 3 167 personnes ont perdu la vie sur les routes la même année.

Ceux qui en parlent le mieux sont... les économistes, de la Cour des Comptes en l'occurrence. Ils lui ont consacré un long développement dans leur rapport de novembre 2021 sur la prévention de la perte d'autonomie des personnes âgées, rapport qui a servi d'assise au Plan antichute triennal de février 2022. Il faut dire que les chutes des personnes âgées entraînent aussi chaque année plus de 100 000 hospitalisations et qu'au-delà de leurs conséquences humaines, elles ont un coût pour la collectivité de 2 milliards d'euros dont 1,5 milliard pour la seule assurance maladie.

En termes de dépenses publiques, un travail très original a été mené à la demande de la Cour des Comptes par l'unité d'évaluation médico-économique du CHU de Toulouse sur les coûts de prise en charge deux ans APRES l'instant T de la chute, mais également les coûts induits par le parcours de soins dans les deux ans AVANT l'instant T (annexe 2 du rapport). Pour l'après, l'étude rétrospective a porté sur 1 495 personnes de plus de 75 ans hospitalisées pour fracture du col du fémur, fracture fermée du trochanter ou ischémie traumatique du muscle (après immobilisation prolongée au sol). Pour l'avant, 3 témoins ont été appariés à chacun des cas, soit 4 484 individus.

Conclusion ? « L'ensemble des éléments suggèrent que la chute avec blessure n'est pas un accident, mais qu'elle va apparaître sur un terrain de fragilité sous-jacente (surconsommation de soins, de psychotropes, etc.) », écrivent les auteurs de l'étude. Les résultats invitent, selon eux, « à mettre en oeuvre des mesures préventives ciblées sur ces patients ».


L'activité physique fer de lance


Il existe bel et bien également un consensus économico-sanitaire sur la prévention. Avec l'activité physique comme fer de lance pour la Cour des Comptes, qui demande « une action publique plus déterminée ». La littérature, pas seulement médicale d'ailleurs, est abondante sur le sujet, un récent rapport en fait la revue : « Activité physique pour la prévention des troubles de la mobilité et du risque de chute au cours du vieillissement : état des lieux et recommandations ». Demandé par le ministère des Sports, ce rapport a été rédigé dans le cadre des activités d'expertise de la Chaire Active Aging dirigée par Jean-Jacques Temprado.

Il constitue une synthèse des connaissances scientifiques disponibles à ce jour, concernant :

- Les moyens « simples et efficaces » pour identifier les troubles de la locomotion associés au risque de chute chez les personnes âgées en voie de fragilisation et fragiles ;

- Les recommandations sur le contenu et la posologie de programmes d'activité physique adaptée (APA) efficaces pour la prévention des chutes, chez les différentes populations concernées.

Car, l'APA fait consensus, elle aussi, comme levier essentiel de la prévention des chutes. Mais il ne suffit pas de le dire...