Pr Gilles Berrut Secrétaire général de l'Union des Gérontopôles de France, Ancien président de la Société Française de Gériatrie et Gérontologie
Lutter contre la déshydratation en établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD)
- Par Pr Gilles Berrut
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Un enjeu méconnu, des conséquences lourdes
On sous-estime trop souvent l'ampleur de la déshydratation chez les personnes âgées vivant en Ehpad. Pourtant, les chiffres parlent d'eux-mêmes : selon la Haute Autorité de Santé, près d'une personne âgée sur deux en institution en souffrirait de manière chronique. Les répercussions sont loin d'être anodines - troubles de la mémoire, infections urinaires à répétition, risques accrus de chutes, et même des hospitalisations qui auraient pu être évitées. Alors, comment détecter les premiers signes ? Quelles actions concrètes peut-on mettre en oeuvre pour assurer une hydratation suffisante ? Voici un éclairage sur les pratiques éprouvées et les avancées récentes pour mieux accompagner les résidents au quotidien.
Pourquoi les seniors en Ehpad sont-ils si exposés ?
Le vieillissement s'accompagne d'une diminution de la sensation de soif et d'un fonctionnement moins efficace des reins. Les résidents, surtout ceux qui dépendent d'autrui ou qui présentent des troubles cognitifs, sont donc particulièrement fragilisés. Mais ce n'est pas tout : le manque de personnel, des habitudes trop rigides ou une mauvaise connaissance des besoins spécifiques de chacun aggravent encore la situation.
Quelques données marquantes
- 40 % des résidents ne boivent pas assez, avec moins d'un litre d'eau par jour, alors que les recommandations se situent entre 1,5 et 2 litres.
- Un état de déshydratation augmente de 30 % le risque d'infections contractées en institution, d'après les travaux de la Société Française de Gériatrie et Gérontologie publiés en 2024.
Comment identifier les signes avant-coureurs ?
Certains indices doivent alerter et ne sont pas à négliger. Citons pour exemple :
- Une bouche sèche, des urines plus foncées que d'ordinaire, ou une fatigue inhabituelle ;
- Des épisodes de confusion ou d'agitation, trop souvent attribués à tort à des troubles cognitifs ;
- Un pli cutané qui persiste après avoir pincé la peau, signe d'une déshydratation avancée.
Des outils pour agir efficacement
- Un suivi personnalisé : Tenir un carnet d'hydratation permet de noter les quantités bues et d'ajuster les objectifs en fonction de chaque résident.
- Des grilles d'évaluation : L'échelle de Norton, adaptée pour repérer les risques, peut s'avérer précieuse pour les équipes soignantes.
Agir au quotidien : des solutions simples et innovantes
Varier les sources d'hydratation L'eau ne doit pas être la seule option. Proposer des tisanes, des fruits gorgés d'eau comme la pastèque ou le melon, des soupes ou des yaourts peut faire toute la différence. L'important est de rendre les liquides accessibles et attractifs : verres faciles à tenir, fontaines à eau installées dans les espaces communs, ou encore des rappels visuels sous forme d'affiches colorées.
Mobiliser les équipes et les proches
- Former les soignants : Les sensibiliser aux signes de déshydratation et leur apprendre à encourager régulièrement les résidents à boire, en adaptant les horaires si nécessaire.
- Créer des moments conviviaux : Organiser des "pauses boisson" ou des "heures du thé" peut transformer un geste de santé en un moment de plaisir partagé.
- S'appuyer sur la technologie : Certains établissements expérimentent déjà des gourdes connectées ou des bracelets qui alertent en cas d'apports insuffisants. Des logiciels intégrés aux dossiers médicaux permettent aussi un suivi en temps réel.
Impliquer les familles Les proches ont un rôle essentiel à jouer :
- En participant au suivi via un carnet partagé ;
- En respectant les préférences de chacun (boissons chaudes ou froides, saveurs particulières).
Un protocole clair pour une hydratation optimale

Un exemple inspirant : l'Ehpad "Les Jardins Bleus" à Montpellier
En instaurant un "bar à eau" offrant un large choix de boissons, cet établissement a réussi à réduire de 20 % les cas de déshydratation en seulement six mois, comme le révèle son rapport interne de 2025.
Les obstacles à surmonter
- Le coût des innovations : Les outils connectés représentent un investissement non négligeable.
- Les réticences des résidents : Certains craignent les fuites urinaires et limitent volontairement leur consommation.
- Des solutions adaptées : Travailler avec des ergothérapeutes pour concevoir des verres ergonomiques ou des contenants plus pratiques peut lever ces freins.
Prévenir la déshydratation en Ehpad demande une approche à la fois collective et individualisée. Les professionnels de santé et du social détiennent les clés pour faire évoluer les pratiques et améliorer le bien-être des résidents. Et si chaque petit pas comptait ?
Et dans votre établissement, quelles actions avez-vous mises en place ?
N'hésitez pas à partager vos retours d'expérience - vos idées pourraient inspirer d'autres structures !
Pour aller plus loin
OMEDIT Normandie : Protocole préventif et curatif de la déshydratation
