Géroscopie
21/01/2026  - Bioéthique  18670

États généraux de la bioéthique 2026 : entre autonomie et solidarité

Le Comité consultatif national d'éthique (CCNE) lance ce mercredi 21 janvier ses états généraux de la bioéthique dans un contexte profondément renouvelé. Le Pr Jean-François Delfraissy, son président, pose d'emblée les termes du débat : deux grandes valeurs éthiques structureront les discussions - l'autonomie, entendue comme liberté individuelle, et la solidarité, notamment vis-à-vis des plus fragiles.

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L'explosion des connaissances scientifiques depuis 2018 bouleverse la donne. Mais la société change aussi : vieillissement de la population, baisse de la natalité. Cette dissociation démographique constitue un enjeu majeur pour le pacte de solidarité autour de la prise en charge des soins. Quant aux tests génétiques en libre accès, strictement interdits mais pratiqués par 10 à 12 % des Français via l'étranger, ils cristallisent les tensions entre protection et liberté.

Don d'organes : un taux d'opposition préoccupant

Le vieillissement démographique irrigue l'ensemble des réflexions. La pénurie d'organes - mille patients en attente de greffe décèdent chaque année- interpelle sur le taux d'opposition au don, qui atteint 37 % au niveau national et jusqu'à 54 % dans certaines régions. Le Pr Jacques Duranteau, président de la section technique du CCNE, rappelle l'enjeu : l'organe au décès doit être considéré comme un bien collectif.

La xénotransplantation, encore au stade de la recherche, progresse rapidement avec des greffes de reins porcins tolérées plusieurs mois chez l'homme. Deux essais cliniques viennent d'être approuvés aux États-Unis.

Prévention et sobriété : nouveaux champs de la réflexion éthique

Nouveauté majeure de cette édition : la prévention entre dans le champ bioéthique, alors ou peut-être parce qu'elle ne représente que 5 % du budget santé. Le CCNE introduit également la notion de « sobriété en médecine », questionnement délicat sur les limites du soin dans un contexte de ressources contraintes.

Un dispositif d'écoute citoyenne renforcé

Le CCNE déploie un dispositif en plusieurs volets. Les espaces éthiques régionaux organiseront des débats sur deux ou trois thématiques de leur choix, y compris dans les territoires ultramarins. En parallèle, les membres du CCNE auditionneront sociétés savantes, associations de patients et grands courants de pensée religieux. Un comité citoyen, constitué de 30 personnes, et volontairement rajeuni, planchera sur deux questions principales : les tests génétiques en population générale et la sobriété en médecine (jusqu'où traiter ?).

Ce travail d'écoute aboutira fin mai à un bilan des états généraux, puis en novembre 2026 à un avis du CCNE. La future loi de bioéthique, elle, n'interviendra pas avant 2028.