makesense
29/08/2025  - Initiative  18223

Bistrot, coworking, tiers-lieux en établissement : ils l'ont fait !

Il y a un an, nous vous parlions des Ehpad pionniers qui ouvraient leurs portes à des bistrots, des ateliers partagés ou des crèches, transformant leurs établissements en lieux de vie ouverts sur le territoire. Depuis, la dynamique se poursuit et se développe même, malgré les tensions persistantes du secteur : baisse du taux d'occupation, difficultés de recrutement, perte de sens chez les professionnels.


Dans ce paysage, les tiers-lieux, sans être une solution miracle, offrent un levier concret pour redonner du souffle aux équipes, renforcer les liens sociaux et changer l'image de l'Ehpad. Soutenus par des financements publics et portés par l'engagement des équipes, ces projets hybrides se multiplient sur tout le territoire. En septembre 2024, dix établissements ont passé le pas de lancer des tiers-lieux dans leurs établissements avec l'accompagnement de l'association makesense. Que sont-ils devenus ?

Pour les aider à franchir le cap, l'association makesense a mis en place un accompagnement sur-mesure, soutenu par la Région Île-de-France via le programme Innov'Up. Pendant plusieurs mois, les dix établissements ont bénéficié d'une formation-action mêlant inspiration, méthodes concrètes et temps collectifs. Diagnostic du territoire, mobilisation des équipes, tests à petite échelle... chaque étape a été pensée pour s'adapter aux réalités du secteur et transformer pas à pas les idées en projets concrets. De la boutique solidaire à l'espace culturel en passant par le bistrot, chaque Ehpad a pu faire avancer son projet en testant des événements, en réfléchissant à un modèle économique viable et à l'aménagement d'un espace modulable, capable de répondre à la fois aux besoins du quotidien et aux usages du tiers-lieu.

Un an plus tard, les résultats sont là

100% établissements ayant suivi le programme le recommandent, saluant un accompagnement concret, des outils utiles, et surtout des rencontres inspirantes, et tous ont réalisé un test, prévu d'en faire un dans les prochains mois, ou ouvert leur lieu, comme le Site de Jouarre dans Grand Hôpital de l'Est Francilien. Tous ont structuré leur projet, et plus de 80% estiment avoir pu monter en compétences de manière significative sur l'identification de financements, la co-construction avec les parties prenantes, l'identification des besoins de territoires. "Ma vision de ce projet a été enrichie par de belles rencontres et des personnes aussi inspirantes que leurs projets, que ce soit dans les tiers-lieux visités, les intervenants, les autres participants", partage l'une des personnes ayant suivi le programme. De ces premières expériences concrètes, enrichies par l'accompagnement de 14 établissements dans 2 autres régions et l'analyse d'une trentaine de modèles inspirants, émergent des apprentissages clés et des écueils à éviter pour ceux qui souhaitent se lancer.

1. Un projet cohérent vis-à-vis de son contexte et de son territoire

Un projet utile, c'est avant tout un projet cohérent avec ce qui entoure l'établissement. Comprendre les besoins locaux, cartographier les acteurs déjà présents, identifier les manques et co-construire avec eux : ce travail de fond permet de construire une proposition qui fait sens. Des outils comme ceux de l'Anap permettent d'identifier des partenaires potentiels et de construire un écosystème de coopération, essentielle pour mener à bien un projet : elle permet de répondre à des problématiques complexes en faisant travailler ensemble des acteurs différents, mais unis par une volonté d'agir commune. L'exemple de Lepines Versailles a été très inspirant, car l'établissement a pu adapter les activités prévues aux habitants du quartier (activités intergénérationnelles vers les jeunes parents), mais aussi créer des liens avec un Foyer d'Accueil Médicalisé du territoire, qui tiendra le café dont l'ouverture est prévue en septembre.

2. Fédérer en interne, y consacrer du temps humain et valoriser les personnes qui s'impliquent

Un projet qui fonctionne, c'est d'abord une équipe qui y croit : il faut du temps, de l'énergie, souvent démarrer avec les plus motivé·es et choisir un projet adapté au contexte de l'établissement et aux aspirations des équipes. L'essentiel est d'avoir une vision claire, inspirante et partagée. Elle permet de fédérer en interne, mais aussi d'impliquer des partenaires extérieurs, des familles, des bénévoles. La clé de la réussite, c'est de co-construire avec les équipes, écouter les envies des résidents, comme à l'Ehpad Saint Jean Eudes qui a organisé des sessions de co-construction avec les familles, résidents, jeunes du quartier pour choisir les futures activités du lieu. Lors de la soirée de clotûre de la formation, c'était une belle réussite de voir à la fois les collaborateurs de l'Ehpad et les jeunes de la Maison d'Enfants à Caractère Sociale du quartier aux côtés de la signalétique sur laquelle ils avaient travaillé.

3. Savoir s'entourer, coopérer et s'inspirer

Monter un tiers-lieu, ça ne s'improvise pas, cela suppose de sortir de son isolement et de s'ouvrir à de nouvelles compétences. Et même si les équipes sont très souvent motivées, elles n'ont pas toujours le temps ou les outils nécessaires pour se lancer. C'est là que l'accompagnement fait la différence. Le programme de makesense apporte d'abord un cadre méthodologique solide : comment construire une vision partagée, poser les bases d'un modèle économique viable, identifier les bons leviers de financement. En parallèle, le collectif joue un rôle clé : les échanges entre pairs permettent un véritable gain de temps, à travers le co-développement, le partage d'outils et les retours d'expérience d'établissements qui rencontrent les mêmes défis.

Le programme ouvre aussi la porte à des rencontres précieuses avec des acteurs du terrain : des entrepreneurs comme Bistrot Bertha, qui accompagne l'installation de cafés solidaires dans les lieux médico-sociaux ; ou Arbitryum, qui conçoit des espaces de coworking intergénérationnels. Enfin, les participants ont tout particulièrement apprécié les compléments d'expertises d'acteurs externes du réseau de makesense, comme des juristes, architectes, consultants en gouvernance, responsables de tiers lieux. Ils ont été mobilisés pour aider à anticiper les risques, sécuriser les montages ou penser un aménagement vraiment adapté aux usages. Cet écosystème d'appui, pensé sur-mesure, est un des piliers de réussite des projets engagés.

4. Penser en dehors des logiques habituelles de l'Ehpad

Créer un tiers-lieu, c'est avant tout s'ouvrir à l'extérieur et à de nouvelles pratiques. Cela implique de repenser la gouvernance, d'impliquer habitants, associations et partenaires locaux, dans une logique horizontale et collaborative où chacun apporte sa contribution pour répondre aux besoins réels du territoire. Le tiers-lieu doit être pensé comme un lieu de vie, convivial et accessible à tous, et non comme une simple salle d'activités. Aménager cet espace nécessite de co-construire avec les futurs usagers pour choisir une ambiance adaptée et un mobilier accueillant, comme le recommande le guide de la CNSA. Ce changement culturel permet de renforcer le lien avec les familles et revitaliser la vie de l'établissement ! L'objectif, c'est une transformation culturelle progressive : de passer d'une logique d'animation à une logique de vie sociale, d'une culture de la sécurisation à une de l'ouverture.

5. Accepter d'y aller pas à pas de manière imparfaite

La dernière erreur à éviter ? Attendre que ce soit parfait pour se lancer ! Tester, se tromper et tirer les apprentissages font partie du processus. Avec les contraintes des Ehpad, l'ouverture vers un tiers-lieu se construit pas à pas : tester à petite échelle limite les risques, facilite l'implication des collaborateurs et oriente les décisions futures. Ce sont ces essais, parfois imparfaits, qui font grandir le projet et lui donnent une vraie dynamique. Comme pour la Villa Saint Antoine, où un premier test d'animation a permis d'identifier rapidement les besoins avant de penser à un réaménagement plus ambitieux, ou bien la Résidence Harmonie qui a pu organiser une exposition en mai dernier, ou l'Ehpad Joseph Guittard qui a pu organiser des ateliers sportifs pour mobiliser avant de mettre en place leur espace ouvert autour du sujet.

Alors, séduit·e ? Si vous avez envie de vous lancer, plusieurs ressources sont à votre disposition. Le site de ressources gratuit de makesense https://carelieux.makesense.org/ vous guide pas à pas, avec des outils pratiques, des témoignages inspirants et des retours d'expérience d'établissements déjà engagés. Vous y trouverez aussi des fiches pour structurer votre projet, mobiliser vos équipes ou construire un modèle économique pérenne. L'Anap met à disposition un ensemble de ressources pratiques : guides méthodologiques, outils d'aide à la décision, retours d'expérience et communauté en ligne, pour accompagner les établissements médico-sociaux dans leurs projets de transformation, comme l'ouverture de tiers-lieux : https://www.anap.fr/s/publications-et-outils. Et si vous souhaitez aller plus loin, l'association makesense peut vous accompagner pas à pas grâce à un programme sur-mesure : diagnostic, appui stratégique, ateliers collectifs, mise en réseau... tout est pensé pour vous aider à passer de l'idée à l'action.

Si cela vous intéresse, contactez Lola Virolle à l'adresse lola@makesense.org