3 questions à Dafna Mouchenik - directrice de Logivitae
3 questions à Dafna Mouchenik - directrice de Logivitae
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Les intervenantes à domicile sont-elles confrontées à des actes de racisme ? De quelle nature ? Est-ce fréquent ?
C'est notre quotidien. Les aides à domicile sont régulièrement exposées à des propos racistes de la part de certaines personnes accompagnées. Les insultes portent souvent sur la langue, l'origine, la couleur de peau, la religion, des mots blessants, humiliants, que rien ne justifie. Une de nos auxiliaires de vie, Vanessa, en a encore fait l'expérience récemment : pour avoir mal prononcé un mot, elle s'est entendu dire qu'elle « parlait comme les nègres ». Un choc. Une violence. Et malheureusement pas un cas isolé.
Quelles réponses immédiates et de long terme apportez-vous pour protéger vos intervenantes ?
Notre réponse est immédiate et sans ambiguïté : nous soutenons systématiquement l'aide à domicile, nous condamnons les propos, et nous en informons la personne accompagnée et sa famille de manière claire et ferme. Si l'aide à domicile ne souhaite plus intervenir auprès de la personne (ce qui est parfaitement légitime), nous respectons sa décision et organisons un remplacement. Le racisme n'est pas une opinion : c'est un délit.
Sur le long terme, notre engagement est structurel. Il est inscrit dans notre projet de service, notre règlement intérieur, nos contrats de prestation et nos livrets d'accueil. Nous avons également mis en place une formation de deux jours et demi pour préparer nos équipes à faire face à ces situations, à y réagir sans se mettre en danger, et surtout à savoir qu'elles ne seront jamais seules.
Comment accompagner et sensibiliser familles et bénéficiaires pour faire cesser ces comportements ?
La pédagogie est indispensable, mais elle ne doit jamais servir d'excuse. Nous savons que certaines personnes accompagnées présentent des troubles cognitifs qui peuvent lever les inhibitions et libérer des préjugés enfouis. Nous en tenons compte. C'est pourquoi, lorsque c'est le cas, nous privilégions le remplacement de l'aide à domicile plutôt que l'arrêt de l'accompagnement, et nous informons la nouvelle collègue afin qu'elle ne soit pas prise au dépourvu.
Mais nous expliquons aussi aux familles, ce qu'elles ont parfois du mal à entendre, que minimiser ces propos est contre-productif. La continuité de l'accompagnement dépend de la capacité de tous (famille, entourage, proches) à reconnaître clairement ce qui s'est passé et à le désavouer. Une aide à domicile qui se sent soutenue peut tenir dans la durée. Une aide à domicile qui se sent seule face à l'indifférence, non.
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