3 questions à Isabelle Bereder, Cheffe du pôle réhabilitation Autonomie Vieillissement et Praticien hospitalier de l'unité de coordination en onco-gériatrie (UCOG) CHU Nice
"La sexualité des personnes âgées est une grand oubliée de la formation gériatrique "
- Par Juliette Viatte
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Quelles sont les évolutions physiologiques et psychologiques liés à l'avancée en âge ?
Avec l'avancée en âge, les différentes phases de la réponse sexuelle (désir, excitation, orgasme, résolution) sont modifiées et ralenties. Le temps nécessaire pour atteindre l'excitation et l'orgasme s'allonge, et l'intensité des sensations physiques diminue en raison d'une baisse de la sensibilité nerveuse et de modifications vasculaires et hormonales. Ces changements ne doivent pas être considérés comme une pathologie à prendre en charge d'emblée s'ils ne génèrent pas de détresse.
Le rôle du gériatre est d'accompagner l'adaptation des pratiques (recentrer sur l'intimité émotionnelle plutôt que sur la performance génitale) et de proposer des traitements adaptés ou d'orienter vers un spécialiste si nécessaire.
Sur le plan psychologique, il faut savoir que le développement psychosexuel se construit dès l'enfance et se poursuit tout au long de la vie, chaque individu est sexué quels que soient son âge, son état de santé, son ou ses handicaps, mais également quel que soit son lieu de vie. Ce sujet concerne également les résidents des Ehpad (Etablissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes) qui ne doivent pas être oubliés.
Pour le gériatre, comprendre la dimension psychosociale est fondamental, car les freins à la sexualité des plus de 80 ans sont souvent moins organiques que sociétaux. L'expression de la sexualité au cours du vieillissement est en effet fortement modulée par des facteurs socioculturels et relationnels.
La société occidentale véhicule de nombreux mythes et stéréotypes réduisant les personnes âgées à des êtres fragiles, indésirables et asexués. Le corps vieillissant subit une forte invisibilisation médiatique et sociétale.
Ces stéréotypes en lien avec la sexualité des personnes âgées ont un impact sur la santé sexuelle.
Y a-t-il des troubles spécifiques propre au vieillissement ?
Il est fondamental en gériatrie de distinguer ce qui relève de la sénescence normale de l'appareil génital et de la réponse sexuelle, de ce qui relève de la pathologie ou de la iatrogénie. Les personnes âgées doivent intégrer le changement de leur image corporelle, sans quoi il risque d'y avoir une perte de l'estime de soi et une diminution du désir.
Il semblerait exister un seuil de vieillissement biologique concernant la sexualité qui se situe aux alentours de 75 à 80 ans.
En vieillissant, le principal frein aux relations sexuelles partagées est le manque de partenaire, surtout chez les femmes hétérosexuelles, et ceci est lié à une espérance de vie plus longue des femmes, à un veuvage plus fréquent.
D'autre part avec l'avancée en âge, le risque d'être atteint d'une pathologie chronique augmente (pathologies cardio-vasculaires, diabète, cancers, etc.), et l'impact de ces pathologies chroniques ainsi que des traitements pour les stabiliser sont des facteurs qui peuvent impacter le fonctionnement sexuel avec le vieillissement.
Sans oublier les pathologies neuro-cognitives qui peuvent modifier la sexualité, avec majoritairement une apathie sexuelle (plus rarement), mais avec un impact important, une désinhibition sexuelle entrainant des « comportements sexuels inappropriés » qu'il ne faut pas méconnaitre pour le conjoint à domicile ou les autres résidents d'Ehpad en cas d'institutionnalisation. L'enjeu pour le gériatre est de naviguer entre le devoir de sécurité de l'institution et le respect fondamental de la liberté de choix, de l'autonomie et du consentement lors des relations amoureuses entre résidents.
Quels conseils donner aux soignants ou aux professionnels à domicile pour permettre et protéger la sexualité des plus âgés ?
La sexualité des personnes âgées est une grand oubliée de la formation gériatrique que ce soit pour les médecins, les infirmières et les soignants en général. Pourtant la sexualité est une composante essentielle du bien-être à tout âge de la vie, l'OMS a d'ailleurs reconnu le droit à la sexualité sexuelle pour tous.
Le premier conseil à donner est de se former pour comprendre l'évolution de la sexualité avec l'avancée en âge. Les professionnels de santé doivent lever les tabous sociétaux sur les stéréotypes concernant la sexualité des seniors car la sexualité des personnes les plus âgées contribue à leur bien-être global, ne disparaît pas avec l'âge mais s'adapte aux changements physiologiques et contextuels.
Le 2 avril 2026, la Société Française de Gériatrie et de Gérontologie consacre son webinaire « Les Printanières » dont Géroscopie est partenaire, à une question longtemps tue dans les établissements et services à domicile : la santé sexuelle des personnes âgées.
Au programme, experts cliniciens, sexologues, représentants des familles et témoignages de résidents.
Inscriptions : www.sfgg-events.org/printanieres-2026/
