Michel de Certeau signalait que la technologie devait nous faire oublier, la maladie, la faiblesse et la mort [1]. C'est-à-dire les trois adjectifs associés pour beaucoup au vieillir...
Comment définir le bien vieillir ?
S'agit-il de " vieillir longtemps " ou de " vieillir jeune " ? Est-ce d'abord d'être en forme, de plaire, de faire jeune ? A l'inverse, bien vieillir, ce n'est pas battre des records sportifs, s'affronter avec des plus jeunes, récuser son âge, jongler entre déni et défi, courir après une jeunesse perdue... En tous cas, cela ne résume pas pour l'immense majorité des personnes l'intérêt de bénéficier d'une vie plus longue. L'enjeu n'est-il pas de vieillir dans la convivialité, de développer des liens sociaux, de participer à la vie commune, d'être un contemporain ? Bien vieillir serait en premier lieu, la capacité à avancer en âge en bonne forme et en acceptant, avec un minimum de recul, les années qui s'ajoutent. La problématique d'une avancée en âge sereine repose sur la capacité à maintenir et développer le plaisir et le sens de vivre, à entretenir un capital social , au sens de Robert Putnam, où il s'agit de la capacité de l'individu à rester en lien avec les autres, avec ses semblables [2]. Bref à se sentir bien dans sa peau, bien avec son âge, bien dans sa relation au monde. Un monde qui se compose de diverses générations.
L'enjeu du bien vieillir ce n'est pas de répondre à une norme imposée par la société jeuniste où le " bon vieux " serait celui qui ne gêne personne, qui reste jeune, qui se met en retrait du jeu social. Et qui ne coûte rien à la société. L'enjeu n'est pas non plus de chercher à imposer une autre norme qui soit juste l'opposé du jeunisme. La démarche vise à répondre aux attentes et besoins évolutifs des personnes en évitant la stigmatisation et en accompagnant un parcours favorable à la poursuite de l'autonomie.
Favoriser l'autonomie
Le bien vieillir se doit de s'inscrire dans une dynamique, une attitude, une manière de vivre dans l'histoire, tout en préservant, dans la mesure du possible, des capacités physiques et neurologiques favorisant l'autonomie. Dans cette optique, l'habitat est un axe central -et même identitaire- pour les personnes qui avancent en âge. Dans une perspective d'autonomie, le triptyque logement-habitat-environnement participe d'une approche globale que l'on pourrait résumer sous le terme d'éthique concrète de la sollicitude.
La notion du bien vieillir repose à la fois sur une appropriation individuelle et sur l'invention d'un récit collectif en faveur de la société de la longévité et de l'intergénération.
Serge Guérin
Sociologue, Professeur à l'Inseec, où il dirige le MSc " Directeurs des établissements de santé ".
Dernier livre " La guerre des générations aura-t-elle lieu ? " chez Calmann-Levy
Points clés
| Concept clé | Définition |
|---|---|
| Bien vieillir | Avancer en âge en bonne santé, avec autonomie et liens sociaux maintenus |
| Capital social | Capacité à rester en lien avec ses semblables et participer à la vie commune |
| Triptyque central | Logement-Habitat-Environnement pour une approche globale de l'autonomie |
| Éthique de la sollicitude | Accompagnement favorable à la poursuite de l'autonomie sans stigmatisation |